Affichage des articles dont le libellé est Fred Astaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fred Astaire. Afficher tous les articles

2 mars 2019

Histoire permanente du cinéma américain 1928-1941

Lonesome (Solitude), Paul Fejos, 1928 
Dans un New York surpeuplé, le temps d'une journée de détente passée à Coney Island, boy meets girl. Et ça donne une vraie perle du cinéma muet, dans laquelle le Hongrois Paul Fejos exploite toutes les possibilités du langage cinématographique (surimpressions, raccords de panoramiques, travellings vertigineux) pour sublimer cette histoire excessivement simple, universelle et donc extrêmement touchante.

Le sourire de Barbara Kent m'a fait craquer, et les séquences sur la plage où Glenn Tryon et elle discutent ensemble et tombent amoureux sont magnifiques, donnant l'impression qu'ils sont seuls au monde dans ce partage. J'ai été triste pour le jeune couple lorsque ces deux âmes se retrouvent brutalement séparées par la foule et renvoyées une nouvelle fois à leur solitude. Un film qui a largement sa place à côté des joyaux de cette époque que sont Sunrise de Murnau ou The Crowd de King Vidor et son inoubliable James Murray.




Top hat (Le Danseur du dessus), Mark Sandrich, 1935
Par bien des aspects, on est là devant une comédie musicale passablement académique. On sent que RKO a une image de prestige à défendre. La comédie de situation repose sur des quiproquos bien légers face auxquels le spectateur ne devra pas se montrer trop exigeant. Certains acteurs ne craignent pas de trop cabotiner et les décors sont d'une rare kitscherie hollywoodienne. À ce titre, l'apparition de Venise en gigantesque Disneyland de pacotille est un grand moment. La mise en scène complètement raide et théâtrale de Sandrich paraît encore plus désuète quand elle tente de s'ouvrir à l'expérimentation lors du ballet final avec quelques plans qui commencent à sortir de l'ordinaire. Signée Max Steiner, la musique de ce ballet est d'ailleurs d'assez mauvais goût et sans grand rapport avec l'intrigue, variation sur l'exotisme italien. La chanson-titre d'Irving Berlin est quant à elle un morceau complètement à part, le seul à être chanté sur une scène.

Et pourtant, ce film est un régal. Comment être insensible devant les jeux de chat et de souris de Fred et Ginger ? Comment bouder son plaisir face aux envolées des deux danseurs ? Même si elles sont plus ou moins attendues, les situations déclenchent inévitablement le rire, il y a de très beaux moments (la danse sur sable de Fred Astaire pour endormir Ginger Rogers à l'étage du dessous), les dialogues sont pétillants et font souvent mouche, avec des audaces assez étonnantes pour l'époque (l'adultère, le ménage à trois). Lorsque, quelques années plus tard, Minnelli, Gene Kelly et autres Stanley Donen entreront en piste, la comédie musicale américaine brillera d'autres types de feux. Top Hat, est d'une autre époque, plus music hall que cinématographique mais procure un plaisir qu'on aurait tort de bouder.




Hellzapoppin', H.C. Potter, 1941
Si l'adjectif loufoque a un sens, il est pas loin de le trouver ici. Ole Olsen et Chic Johnson nous concoctent un véritable cartoon live à la Tex Avery, pêté de gags complétement absurdes dans une sorte de quadruple mise en abîme qui finit par jouer avec les pannes techniques du projecteur. C'est un enchaînement de nawak, de quiproquos vaudevillesques, un tourbillon rendu encore plus fou par des numéros musicaux époustouflants autour d'une piscine, avec un orchestre de musiciens et danseurs noirs ahurissant. Au sein de la troupe, on retrouve Martha Raye franchement géniale en ouragan sur pattes ainsi que Misha Auer en Comte russe à la présence irrésistible.


Marqueur de son époque et référence incontournable du comique américain, le film apparaît clairement comme un modèle d'inspiration pour le Joe Dante de Gremlins 2. J'ai été également assez surpris du clin d'oeil fait à Citizen Kane, film qui est sorti la même année et qui semble donc déjà considéré comme une référence, prête à se voir parodiée malgré sa réputation de bide à sa sortie (lors d'un bref détour de Chic et Ole au pôle Nord, ils tombent sur la luge de Kane en s'étonnant : « tiens, je croyais pourtant qu'on l'avait brûlée ! »). Du génie.

15 décembre 2018

Le Cinéma de F.F. Coppola I. 1963-1969

Dementia 13, 1963
C'est donc sous la houlette d'American international pictures et du mercenaire de la pellicule Roger Corman que Coppola fait ses débuts derrière la caméra. En véritable parrain, il traçait ainsi un sillon que suivraient bientôt d'autres futurs grands comme Bogdanovich et Scorsese, puis dans un second temps les Joe Dante, Ron Howard, Jonathan Demme et autres Paul Bartel qui tous purent bénéficier de la confiance du réalisateur-producteur pour démarrer leur carrière. Corman a cependant beau laisser une apparence de carte blanche, le jeune réalisateur doit se débrouiller avec un budget dérisoire, et répondre aux attentes de ce qui reste du pur cinéma d'exploitation.

Dementia 13 mélange ainsi dans son shaker un château irlandais, une malédiction familiale, deux blondes... et un tueur à la hache. On pensait avoir affaire à un film de fantôme, mais on se retrouve donc plutôt avec un slasher gothique sous influence Psycho. Si Coppola signe seul le scénario, le film fut contrôlé de près par Corman, qui fit même tourner une poignée de scènes additionnelles par Jack Hill et Monte Hellman. D'où le peu de personnalité du résultat, pas aidé par des dialogues qui ne s'affranchissent pas des clichés du genre, sans parler d'une musique péniblement envahissante. Émergent néanmoins une atmosphère étouffante, malgré une certaine complaisance dans le bizarre, de vrais moments d'angoisse via quelques scènes choc, et surtout l'interprétation exubérante de Patrick Magee qui dès lors qu'il entre en scène finit par faire de l'ombre aux acteurs censés être les personnages principaux.




Finian's rainbow (La Vallée du bonheur), 1968
Après avoir participé au scénario de Paris brûle-t-il et signé son deuxième long-métrage You're a big boy now, Coppola est entré dans la Cour des grands, se voyant confier les rênes d'une comédie musicale par Jack Warner en personne. Alors que ce qu'on n'appelle pas encore le Nouvel Hollywood est sur le point de bouleverser le studio-system, il est assez amusant de voir Coppola œuvrer sur un genre qui fut autrefois roi dans l'industrie mais qui à cette date agonise. De My fair lady à Darling Lili, ses derniers feux prennent la forme de gros barnums à la durée fleuve, tournés en scope Technicolor et destinés à faire l'événement lors de soirées Roadshow. Finian's rainbow se targue en plus de mettre à l'affiche star d'hier et vedette en vogue. 

Pour son dernier musical, Fred Astaire est impeccable, et c'est un délice de guetter son moindre jeu de jambes. Petula Clarke est pour sa part charmante dans un rôle qui n'échappe pourtant pas à la niaiserie. Dans la peau d'un improbable farfadet, Tommy Steele est vraiment marrant. La mise en scène fait preuve d'un bel élan, fait de mouvements sophistiqués, de plans à la grue ou à l'hélico, s'efforçant d'exploiter au maximum ses extérieurs, quitte à ce que le retour au studio contraste brutalement par son esthétique plus artificielle. Coppola tente également de moderniser l'adaptation de ce show créé à Broadway en 1947, faisant entrer au chausse-pied quelques résonances avec les troubles sociaux de cette Amérique des sixties. Ça aboutit à un récit un peu hybride, fable trop gentillette contre le racisme d'un côté, ode aux joies du libéralisme de l'autre (le final où tout le monde se réjouit de devenir riche). Et longuet.




The Rain people (Gens de la pluie), 1969
C'est sur le tournage du précédent film que Coppola fait la rencontre de George Lucas. En quête de contrôle artistique, les deux hommes s'associent pour fonder American zoetrope, réunissant pour un temps de jeunes cinéastes et techniciens (Walter Murch, Matthew Robbins, John Milius). The Rain people sera leur premier long-métrage, bientôt suivi de THX-1138Coppola mise sur une production modeste, tournée au bord des routes, sans glamour. C'est une chronique typique de cette époque désenchantée, qui annonce le cinéma de Dennis Hopper (Easy rider), Bob Rafelson (Five easy pieces) et Barbara Loden (Wanda), tous proposant de beaux portraits d'êtres à la dérive.

Première collaboration de Coppola avec Robert Duvall, le film offre aussi à James Caan l'un de ses plus beaux rôles. Quels personnages, quelle conduite du récit, quel regard ! Le film est remarquable pour son humanité et son économie narrative. Road-movie pudique et sincère, The Rain People est certainement l'une des œuvres les plus fragiles et touchantes de Coppola. A noter que c'est à la suite de son douloureux échec que le cinéaste acceptera de réaliser The Godfather, premier épisode d'une longue série faite de compromissions et de coups de génie.


DOSSIER FRANCIS FORD COPPOLA :