27 juin 2017

Boston legal, saison 1 (2004)

Boston legal (Boston justice), 2004-2008
Une série créée par David E. Kelley
5 saisons de 101 épisodes
Avec : James Spader, William Shatner, Mark Valley, René Auberjonois, Rhona Mitra, Monica Potter, Lake Bell, Candice Bergen...

Je précise que je n'ai pas vu les autres shows judiciaires de Kelley, ni Ally McBeal ni The Practice, dont ce Boston legal est en fait le spin-of. Je sais que ce dernier trône régulièrement dans les top ten de nombreux téléspectateurs, qui semblent en avoir gardé un souvenir enchanté. Mais je me demande à quel point cet attachement est d'ordre nostalgique. Découverte aujourd'hui, la saison inaugurale de la série m'a laissé un poil sur ma faim. Sans doute que, nourries par ces éloges, mes attentes étaient trop grandes.

Par son formatage et son mode narratif, Boston legal souffre inévitablement de la comparaison avec les écritures actuelles des séries télévisées, prouvant indubitablement l'évolution du média depuis 15 ans. En effet, j'ai personnellement fini par m'habituer à des shows qui donnaient un peu l'impression de faire partie d'un seul et grand projet, avec un propos et un récit tenus au long cours. Ici, on a pour la plupart affaire à des épisodes loners. Ce qui n'est pas désagréable puisque ça change des rythmes hystériques de certains feuilletons qui courent éperdument après les cliffhangers. Mais ça laisse aussi penser qu'il n'y aurait finalement pas grand chose d'indispensable dans ce qui nous est raconté, qu'on pourrait zapper sans gêne certains épisodes, tant la continuité importe ici peu, nous tenant à distance de l'évolution des personnages. J'ai surtout été agacé par ces virgules liées aux pauses pub du diffuseur (ABC à l'origine) qui viennent rythmer les scènes : montage clipesque d'images de la ville sur fond de jingle musical parfaitement impersonnel. Le genre de truc usé jusqu'à la corde par les sitcoms d'autrefois, et qui apparaissent aujourd'hui aussi inutiles qu'insupportables. De même, le générique n'a vraiment rien de mémorable, tant il paraît bâclé.


Le casting est sans doute ce qu'il y a de plus réussi, même s'il est plus que vampirisé par le personnage d'Alan Shore. James Spader restera pour moi éternellement le héros somnambule et mutique du Crash de Cronenberg. Je l'avais complètement perdu de vue depuis, ai peiné à le reconnaître dans le Lincoln de Spielberg. C'est donc ici une totale redécouverte, avec ce rôle complexe, décoiffant et intriguant d'un avocat génial et qui tient étrangement à se rendre détestable. Face à lui, les autres personnages apparaissent bien ternes. Dans le rôle du fantaisiste Denny Crane, William Shatner est certes impayable. Mais son personnage reste un clown, ses saillies n'étant pas des traits de génie maîtrisés mais les oublis d'un type en totale roue libre, et qui suscitent une régulière consternation. Forcément, les quelques rôles féminins du cabinet sont des top models, c'en est presque gênant, quand bien même le talent des actrices est incontestable.


Sur le fond, l'humour est parfois gentillet, les problématiques sociales ou morales liées au procès ne donnent pas toujours lieu à des débats passionnants, ou définitifs. Et quand bien même cela relève d'une convention du genre, je reste toujours perturbé par la façon dont la série s'arrange avec le temps judiciaire : un client arrive le matin pour proposer son affaire, l'avocat a à peine eu le temps d'en prendre connaissance qu'elle est jugée l'après-midi-même. Et ça, ça demande beaucoup de suspension d'incrédulité. 

J'ai conscience d'être un peu sévère, et à l'arrivée, ça reste un spectacle intelligent et qui offre de fréquents moments de fantaisie charmante. Les conclusions d'épisode réunissant Shore et Crane sur la terrasse du cabinet en fin de journée sont souvent de jolis moments de sérénité. Je n'ai donc certainement pas boudé mon plaisir au cours de cette première saison. Mais je pourrais aussi bien m'arrêter là.

22 juin 2017

Le Cinéma de George Cukor III. 1940-1944

The Philadelphia story (Indiscrétions), 1940
Le film est porté par un casting royal et rafraîchissant : les délicieux Jimmy Stewart et Ruth Hussey, d'un côté, Cary Grant et Katharine Hepburn de l'autre. Une nouvelle fois, Cukor confirme cette capacité et ce talent à jouer sur deux tableaux à la fois : la pure screwball comedy avec ses répliques qui fusent, et un ton un peu plus grave avec le personnage de Tracy Lord (Hepburn, éblouissante) qui perd progressivement de son assurance et s'interroge douloureusement sur elle-même. Ce mélange aboutit à un récit assez riche, même si on peut avoir l'impression que peu d'efforts ont été faits pour transcender la dimension théâtrale du scénario, adapté d'une pièce à succès, le film conservant l'unité de lieu et de temps.

Un petit truc m'ennuie néanmoins : l'interprétation de Cary Grant, que je trouve étrangement absent. On ne le sent pas du tout concerné par son rôle, et son personnage échoue à attirer la moindre sympathie. C'est certes voulu au début, mais on devint qu'il y a une volonté d'accorder le même traitement à chaque personnage, et la résolution de l'intrigue m'est apparue du coup très artificielle [SPOILERS : qu'Hepburn lâche son fiancé, soit. Mais qu'elle retombe si vite dans les bras de Grant m'a paru trop soudain, et ne m'a donc pas du tout touché. ] En fait, les seuls personnages dont je me souciais vraiment sont le couple de journaliste et photographe people interprétés avec malice et simplicité par Stewart et Hussey, que j'avais vraiment envie de voir réunis. À la revoyure, mes petites réserves ont tout de même tendance à s'estomper, et le film se bonifie agréablement.




Two-faced woman (La Femme aux deux visages), 1941
Une comédie aux péripéties assez prévisibles mais tout à fait plaisante. C'est en effet parfois un peu lourdaud dans sa construction vaudevillesque, mais on se marre bien quand même grâce à quelques répliques vives et piquantes sur le couple, l'amour et l'arrivisme. Dans un double rôle Garbo cabotine à mort, se lâchant complètement lors d'une scène hilarante où elle se cuite au champagne et invente une nouvelle danse en public. Et puis les hurlements de rage "en toute discrétion" de Constance Bennett sont assez irrésistibles. On est dans une pure production MGM avec décors et costumes aussi luxueux qu'artificiels, où le réalisme compte moins que le souci du bon goût. Les scènes de montagne sont assez rigolotes pour leur utilisation de transparences et de toiles peintes. Le film s'achève d'ailleurs par un descente à ski assez spectaculaire et burlesque.

À certains moments, Cukor laisse entrevoir ce qu'aurait pu être le film s'il s'était laissé aller à plus d'audace. En effet, cette histoire de couple pas très bien assorti est parfois à la limite de déboucher sur un drame, ce qui aurait pu le rendre vraiment intéressant, et plus profond. Au final, une comédie quand même assez mineure, dont je n'ai pas plus que ça envie de conserver le souvenir.





Winged victory, 1944
Darryl Zanuck, George Cukor et le dramaturge Moss Hart s'associent ici pour participer à l'effort de guerre auquel se soumettait alors tout Hollywood. La production a eu les moyens de l'armée, tant en terme de matériel que de figurants. Certains plans sont d'ailleurs impressionnants, nous montrant en un long panoramique des milliers de soldats faisant leurs exercices pendant que des nuées d'avions traversent le ciel. Le générique indique que tous les acteurs sont d'authentiques membres de l'armée, leur leur nom se voyant précédé de leur grade. On y reconnaît à l'occasion Kevin McCarthyGeorge ReeveLee J. CobbRed Buttons, et Edmond O'BrienL'essentiel du récit tourne autour de la camaraderie à l'œuvre chez ces good ol' american boys qui s'engagent dans l'U.S. Air Force remplis d'allégresse. Entre deux revues, l'humour se fait potache. 

La plupart du temps on est porté à sourire face à la naïveté du propos. Mais parfois cette propagande devient dérangeante dans sa façon de ne jamais évoquer directement le conflit. Par exemple, le seul mort du film se crashe durant une séance d'entraînement. On ne verra aucun soldat ennemi et on se tiendra prudemment à distance du champ de bataille. C'est complètement décontextualisé histoire de n'effrayer personne, de montrer que la guerre c'est quand même cool, et qu'un bon patriote ne peut qu'avoir envie de rejoindre la troupe. Uncle Sam needs you ! Et le mot "victory" dans le titre est évidemment là pour rassurer. C'est limite si moi-même je me suis retrouvé avec l'envie de signer fissa mon engagement en sortant de la salle.


DOSSIER GEORGE CUKOR :
IV. Filmographie 1947-1952
V. Filmographie 1954-1957 (prochainement...)

20 juin 2017

Le Cinéma de George Cukor II. 1935-1939

Sylvia Scarlett, 1935
Après l'avoir faite débuter à l'écran (Héritage, 1932), Cukor dirige à nouveau Katherine Hepburn. Plus rayonnante que jamais, l'actrice livre ici un véritable festival grâce à un rôle qui s'accorde parfaitement à la modernité de son jeu. Son personnage de travesti lui offre en effet une grande richesse d'interprétation, jouant de façon vraiment piquante avec l'ambiguïté sexuelle, et annonçant déjà les audaces de Some like it hot (Wilder, 1959) et Victor/Victoria (Edwards, 1982). Et puis quelle bonheur de voir la star dans toute sa jeunesse et sa fougue sportive, sautant dans tous les sens, faisant des cabrioles pleines de grâces, allant jusqu'à plonger dans la mer. Et tout ça lors de plans manifestement non doublés.

En l'associant à Cary Grant, le metteur en scène invente un duo génial, compose une alchimie exceptionnelle qui permettra au genre de la screwball comedy d'atteindre des sommets. Que ce soit chez Hawks (Bringing up baby, 1938) ou à nouveau chez Cukor (The Philadelphia story, 1947, film qui pousse déjà le genre un peu plus loin). Proposant des ruptures de ton souvent efficaces, le scénario se montre vraiment étonnant, même s'il apparaît peut-être encore trop hésitant entre comédie et drame pour vraiment toucher. On ne fera pas trop la fine bouche devant des gags parfois un peu paresseux, car le spectacle est suffisamment de qualité pour qu'on accepte quand même d'en sourire.




Camille (Le Roman de Marguerite Gautier), 1936
Retour aux productions de prestige et au drame en costumes, avec cette adaptation de La Dame aux camélias, d'après Alexandre Dumas fils. Les riches décors et costumes alloués ici par la MGM auraient pu aboutir à un film empesé dans son bon goût. Or, toute la puissance du film c'est que ce luxe est précisément employé pour montrer l'hypocrisie et la débauche qui, derrière les toilettes et les bonnes manières, caractérise une certaine société, frivole et vénale. Le personnage de Camille, la Dame aux camélias, n'est absolument pas dupe de sa condition de cocotte, dont le train de vie dépend directement de sa capacité à s'attirer les faveurs des hommes fortunés. Dans ce rôle, Greta Garbo est plus que divine. Son interprétation est absolument sublime, s'efforçant autant qu'elle peut de sauver les apparences et de taire la douleur qui va déchirer son cœur, soudain conquis par un jeune homme sans titre. Robert Taylor joue cet amoureux transi qui manque peut-être un peu de charisme, mais cela correspond bien à son personnage, que seule sa passion sincère distingue des autres arrivistes.

Comme il sait si bien le faire, Cukor mélange avec beaucoup de talent le drame et la comédie, notamment grâce à toute une troupe de second rôles impeccablement dirigés, personnages plutôt débauchés dont les rapports d'amitié reposent essentiellement sur des intérêts financiers. Leur bouffonnerie au premier abord sympathique laisse alors deviner tout ce qu'elle comporte d'égoïsme et de jalousie. Et certains de ces personnages se révéleront être des clowns tristes (Gaston, étonnamment émouvant sur la fin). La mise en scène se fait très vite oublier, devient invisible, laissant le récit s'exprimer dans toute sa force. Bref, c'est un mélo en costumes à la réussite exemplaire, qui attaque son sujet de front, avec audace et vérité et qui peut en plus être vu aujourd'hui comme l'éclatant triomphe d'une actrice au talent sans pareil.







Gone with the wind (Autant en emporte le vent), coréalisation non créditée, 1939
Après avoir participé à la mise en production du Magicien d'Oz, Cukor est appelé par Selznick pour reprendre la réalisation en péril de son autre superproduction en Technicolor... avant de se faire remplacer...

Chronique complète à retrouver dans la première partie de ma rétrospective western...












DOSSIER GEORGE CUKOR :
III. Filmographie 1940-1944
IV. Filmographie 1947-1952
V. Filmographie 1954-1957 (prochainement...)

16 juin 2017

Le Cinéma de George Cukor I. 1932-1935

What price Hollywood ?, 1932
Il m'était évidemment impossible d'éviter la comparaison avec le remake que réalisera lui-même Cukor en 1954, et que je tiens pour un chef-d'œuvre (même si son écriture doit finalement davantage à la version intermédiaire de William Wellman qu'à celle-ci). Ici, la vision de l'usine à rêve ne cherche pas trop le réalisme, préférant plutôt assumer le mythe : pas besoin d'un quelconque talent pour devenir star, il suffit d'avoir un joli minois, de tomber sur un réalisateur côté, et hop ! le monde vous adule. Cukor démarre son film comme une comédie légère faite de répliques piquantes, puis va progressivement révéler l'autre côté du miroir aux alouettes, la rançon de la gloire, les risques du métier, etc. Ça reste quand même relativement peu audacieux dans sa peinture du milieu, qu'il ne s'agit pas non plus d'égratigner. Et ça se finira prudemment sur un happy end de convention. 

Dans le rôle de l'étoile à naître, Constance Bennett est plutôt chouette, mais c'est surtout Lowell Sherman qui fait une composition impressionnante en réalisateur alcoolique sombrant petit à petit dans la déchéance. Son jeu naturaliste détonne au sein d'un ensemble encore ancré dans une certaine tradition scénique. Si son personnage annonce clairement le Norman Maine qu'interprétera magnifiquement James Mason dans A star is born, on notera que le scénario ne cherche ici à développer nulle romance entre lui et la nouvelle star.




Rockabye, 1932 
Constance Bennett poursuit sa collaboration avec Cukor, déjà considéré à l'époque comme l'un grands directeurs d'actrices. Tourné dans la foulée du précédent, toujours chez RKO, Rockabye est l'adaptation d'une pièce à succès. La source théâtrale se fait fois bien sentir dans la construction, avec une mise en scène relativement fonctionnelle, mais il est vraiment intéressant de constater de film en film la constance de certains motifs chers au réalisateur. En gros, comment concilier la vertu avec le monde du spectacle. Ici, il s'agit d'une célèbre actrice de théâtre à qui on a retiré la garde de son enfant adopté, suite à son témoignage lors d'un procès à scandale. Habituée à jouer des rôles de femme du monde, elle va tenter un come back dans une pièce qui la mettra en scène en tant que fille de la rue.

Cukor s'intéresse moins à la représentation proprement dite qu'à ses coulisses, en particulier aux relations de la star avec l'auteur de la pièce (Joel McCrea), prolongeant ainsi son intérêt pour les coulisses du spectacle, les rapports du créateur avec ses créations (Les Girls, My fair Lady comme What price Hollywood ? et son remake). Le récit donne parfois l'impression de partir en roue libre mais c'est plutôt agréable, notamment lors de cette longue et imprévisible séquence où Bennett et McCrea partent pour une nuit de beuverie dans un speakeasy avant de rentrer complètement ivres et de délirer en se faisant à manger dans la cuisine. Le personnage de la mère de Bennett (Jobyna Howland) est assez marrant également, même si ses gags sont peu subtils. La conclusion du film prendra  évidemment bien soin de faire en sorte que la morale soit sauve (l'effet pervers étant que le happy end devient impossible). Un film certainement très mineur mais pas déplaisant. Et qui surtout permet de bien apprécier le charme décidément singulier de Constance Bennett.





David Copperfield, 1935
Cukor passe à la MGM et se voit confier une production de grande classe, supervisée par le mogul Selznick. Tout ici respire l'ambition : adaptation d'un écrivain prestigieux,  décors débordants de meubles et de rideaux, costumes taillés pour les Oscars, reconstitution d'extérieurs de grande ampleur, et bien sûr casting royal tant par le nom que par le nombre, le roman de Dickens impliquant pas mal de personnages. A côté d'un W.C. Fields forcément hénaurme, le film révèlera surtout le tout mignon Freddie Bartholomew, sacré enfant star et qui sera par la suite pas mal exploité par les studios, comme par ses parents.

Vu ado lors d'une reprise en salle, j'en garde un souvenir trop lointain pour en livrer une critique valable. Comme dans l'autre feuilleton à gamin de Dickens, Oliver Twist, l'intérêt ne réside pas dans un protagoniste falot cantonné à un registre de victime, mais dans les personnages pittoresques qui l'entourent, qui sont comme autant de représentants d'une condition humaine en constante perte de valeurs.


DOSSIER GEORGE CUKOR :

14 juin 2017

Jackie Chan en Amérique 1998-2003

Rush hour, Brett Ratner, 1998
Superstar mondiale de la kung fu comedy, Jackie Chan a du cependant lutter longtemps pour apparaître bankable aux yeux d'Hollywood. Au cours des années 90, tournant notamment au Canada et en Australie, l'acteur-producteur s'efforçait ainsi de créer de la confusion en donnant une couleur occidentale à ses films (Jackie Chan dans le Bronx, Mister Cool). Mais c'est avec Rush hour, succès surprise de 1998 et production cette fois 100% américaine, que la formule semble trouvée, en lui faisant partager l'affiche avec un faire-valoir comique, mieux à même de faire accepter les codes de son cinéma ?

Ce choix de buddy movie est aussi étrange qu'absurde puisqu'au cours de sa carrière, Chan a à lui seul précisément su incarner ce double rôle, en mariant si parfaitement action et humour, revendiquant d'ailleurs clairement l'héritage du burlesque américain de Harold Lloyd et Buster Keaton. En déléguant ainsi sa part comique à un autre corps, c'est un peu comme si on niait la moitié de ce qui a toujours fait son identité. Le pire étant que même la part acrobatique est desservie par une mise en scène et un montage qui fonctionnent encore sur les codes de l'actioner hollywoodien, fait de plans très courts qui hachent impitoyablement les performances du comédien au lieu de restituer la fluidité de ses prodigieuses chorégraphies. C'est la même incompréhension dont avait fait preuve Richard Donner filmant Jet Li dans L'Arme fatale 4 (ou Andrzej Bartkowiak sur Romeo must die). Malgré ça, Chris Tucker fait preuve d'un bel abattage dans ses répliques et le film reste amusant à regarder, avec un score punchy signé Lalo Schifrin, toujours à l'aise dans le polar urbain et qui avait déjà accompagné le passage de Bruce Lee à l'Ouest avec Enter the dragon. Le studio n'hésitera évidemment pas à renouveler la formule avec un second volet, que j'ai trouvé franchement sans intérêt et mal écrit, puis un troisième (pas vu).





Shanghai noon (Shanghai kid), Tom Dey, 2000
Deuxième production hollywoodienne lancée sur les traces de ce succès, Shanghai noon attribue, après Chris Tucker, le rôle du bouffon au fringuant Owen Wilson. Et si le résultat suscite à mes yeux de la sympathie, c'est notamment grâce à la présence de ce comédien, qui reste pour moi éternellement associé au petit monde de Wes Anderson, dont il participa de près aux fondations puisqu'en plus d'y faire l'acteur il en fut le brillant coscénariste (Bottle rocket, Rushmore, The Royal Tenenbaum). Dans le rôle d'un aventurier arnaqueur, il fait preuve ici d'un panache savoureux. Le film bénéficie également de la présence rayonnante de Lucy Liu, l'actrice sino-américaine étant alors en pleine ascencion.


Nouveau buddy movie construit sur le canevas classique du poisson hors de l'eau, le film s'apparente par son cadre à un remake à peine déguisé du Rabbin au Far west d'AldrichL'idée étant de plonger Chan dans l'univers codifié du western : bagarres de saloon, attaques de train, de diligence, Indiens, duels, etc. Le cahier des charges est consciencieusement rempli. Et pourtant, malgré la paresse du concept, le film se révèle franchement réussi dans son humour et ses situations. L'environnement de l'Ouest américain semble cette fois donner plus de champ aux exploits martiaux de Jackie et permet de savourer plusieurs belles scènes de combat, d'autant plus appréciables que certaines opposent exclusivement des comédiens hongkongais (même Yuen Biao est de la partie), quand bien même la mise en scène est confiée à un faiseur parfaitement anonyme, toujours aussi incompétent pour mettre pleinement en valeur le travail de la Stunt team de Jackie.




The Accidental spy (Espion amateur), Teddy Chan, 2001
Comme Chow Yun Fat, Jet Li ou Michelle Yeoh, Chan n'aura jamais été bien servi par Hollywood. C'est sans doute que les films qui leur ont permis d'être appréciés offraient quelque chose de typique, spécifique aux movie makers du cinéma HK, et que leur talent restait non soluble dans les codes du cinéma commercial américain. Rencontrant enfin le succès à l'Ouest, Chan retourne néanmoins sous le giron de la Golden harvest de Raymond Chow, son producteur historique, seule opportunité pour lui de tenir le haut de l'affiche sans faire-valoir. The Accidental spy est donc une production hongkongaise mais qui se verra comme trop souvent charcutée par les distributeurs occidentaux. Et c'est la version US que j'ai découverte, moi qui m'étais justement posé devant mon poste parce que j'espérais apprécier un Chan de retour au ciné HK. Cette version destinée à l'exportation se permet donc pas mal de libertés avec le scenario et les personnages, ce qui se ressent dans certaines transitions plus qu'abruptes et une histoire assez bidon. Pas loin de vingt minutes auraient ainsi été passées à la trappe.

Ce qu'il en reste : un Jackie Chan en apprenti James Bond qui se laisse regarder, scénario-prétexte et exploitation d'une formule qui ne cherche plus à se renouveler. Après une introduction à Hong Kong et un petit passage par la Corée, Jackie débarque à Istanbul et le film nous offre alors quelques sympathiques cartes postales avec une caméra assez grâcieuse et une plutôt belle photographie. J'en retiendrai essentiellement une scène de poursuite très drôle qui commence dans un hammam et se finit dans les rues de la ville, en passant par un souk en pleine heure de pointe. L'acteur-acrobate se retrouve à poil, contraint d'attraper le moindre accessoire qui lui passe sous la main pour couvrir son anatomie, tout en se débarrassant de ses adversaires. Bonheur jouissif de retrouver enfin pleinement respecté par la mise en scène tout ce qui fait le génie de ses chorégraphies burlesques. On mentionnera encore une bonne scène de camion-citerne fou sur la fin, dotée d'une belle tension même si complétement gratuite.





Shanghai knights (Shanghai kid II), David Dobkin, 2003
En parallèle à la franchise Rush hour, le produit Jackie Chan se voit aussi dérivé dans une suite à Shanghai noon, qui avait comparativement pourtant moins bien marché. La réussite du premier film était inattendue, et ne sera pas renouvelée ici. Le résultat est décevant, pour ne pas dire médiocre. Malgré ma sympathie intacte et aveugle pour Wilson, les gags s'avèrent la plupart du temps laborieux, rendant le spectacle lourdingue, voire antipathique.

Le film ne convainc pas, tout simplement parce qu'il fait l'erreur de s'asseoir complètement sur ce qui faisait la saveur du premier titre : le concept du Chinois au Far west n'est ici plus du tout exploité, comme si on avait épuisé un filon qui — il est vrai — n'en demandait pas tant. Le scénario fait donc le choix improbable d'envoyer nos héros sur le Vieux continent, dans l'Angleterre victorienne, suivre plus ou moins les traces de Sherlock Holmes. Ce prolongement opportuniste est d'autant plus absurde qu'il donne l'impression d'être hérité d'un autre script abandonné et bricolé pour coller aux attentes d'un studio peu regardant qui chercherait désespérément une idée pour employer son duo d'acteurs. Là encore, même si Donnie Yen est de la partie, les scènes d'action sont loin d'être au niveau de ce qu'on espère d'un film de Jackie Chan, dont tout le potentiel apparaît ici plus que jamais ruiné par le formatage hollywoodien.



DOSSIER JACKIE CHAN :

12 juin 2017

Des rébus

Dernière des trois séries d'illustrations réalisées pour le livret-jeux de l'exposition Sportmania (MAIF Social club, Paris 3e, jusqu'au 13 juillet 2017). Les versions finalement publiées ont été reformatées à partir de ces visuels. Ici il s'agit de rébus inspirés de l'œuvre Phi, de l'artiste-plasticien Édouard Sufrin.

Décrypte les rébus suivants qui portent sur la thématique des valeurs sportives (attention : deux intrus se sont dissimulés parmi eux)...






9 juin 2017

Des vélos

Deuxième des trois séries d'illustrations que j'ai réalisées pour le livret-jeux de l'exposition Sportmania (MAIF Social club, Paris 3e, jusqu'au 13 juillet 2017). Les versions finalement publiées ont été reformatées à partir de ces visuels. Ici c'est un jeu d'associations inspiré de l'œuvre Velocipedia, de l'artiste-designer Gianluca Gimini.

Peux-tu rendre chaque vélo à son véritable usager ?...






En voici le rough, et la version noir et blanc :







7 juin 2017

Un labyrinthe

Première des trois séries d'illustrations que j'ai réalisées pour le livret-jeux de l'exposition Sportmania (MAIF Social club, Paris 3e, jusqu'au 13 juillet 2017). Les versions finalement publiées ont été reformatées à partir de ces visuels. Ici c'est un labyrinthe inspiré de l'œuvre L'Irrésistible ascension, de l'artiste-plasticien Donald Abad.


Sauras-tu trouver le chemin qui mènera l'alpiniste au sommet, en évitant les embûches ?...





En voici le rough et la version noir et blanc :







2 juin 2017

Martin Winckler : quatre livres

La Maladie de Sachs, 1998
La Maladie de Sachs se présente un peu comme le développement et le prolongement du premier récit publié de l'auteur, La Vacation, qui mettait déjà en scène le personnage de Bruno Sachs. Mais ici la matière romanesque a pris de l'ampleur. Winckler a mis évidemment beaucoup de lui-même et de ses réflexions sur sa propre expérience de médecin, mais va bien heureusement au-delà de la simple littérature de témoignage, travaillant son récit dans sa progression comme dans sa forme. De façon aussi ludique que vertigineuse, il fait preuve d'un art de la mise en abîme vraiment efficace, entre l'émergence dans le corps-même de la fiction du livre que l'on est en train de lire, et l'emploi aussi simple que troublant de la deuxième personne du singulier. J'ai toujours adoré ce procédé, loin d'être évident, qui invite le lecteur à incarner le héros comme dans un jeu de rôles, pour un résultat tantôt purement théorique tantôt terriblement immersif. Ainsi chez Butor (La Modification, 1957), Calvino (Si par une nuit d’hiver un voyageur1979) ou McInerney (Journal d'un oiseau de nuit, 1984). Ici, ça a pour conséquence de renforcer la sensation d'isolement qu'on ressent pour le protagoniste, scruté, ausculté par la voix intérieure de ses patients, qui garderont pour eux ces impressions.

Ces voix données ici à entendre, cette sensibilité donnée à partager, m'impose un respect total pour l'auteur. Portant un regard plein de compassion et d'humanité sur ses personnages, Winckler m'apparaît en effet comme une nature bien généreuse. C'est un romancier à l'ambition discrète qui sait créer un agréable trouble justement parce qu'il nous fait franchir des portes et révèle des âmes. La Maladie de Sachs a été remarquablement adapté par Michel Deville dans la foulée de sa publication, révélant véritablement Albert Dupontel dans un rôle dramatique. Et Winckler n'en aura pas fini avec Bruno Sachs, puisqu'il creusera à nouveau la biographie de son alter ego avec Les Trois médecins, en 2004.





Légendes, 2002
Singulière autobiographie, puisque l'auteur y assume (y recherche) l'imprécision (la ré-invention) des souvenirs, considérés comme autant de fictions constitutives des légendes de nos vies. Au-delà des dates, des faits et des lieux, il y sera surtout question des marques qu'auront laissé sur sa personne et son parcours ses lectures, les images (ciné, télé), les personnes rencontrées. Et Winckler y confirme la graphomanie qui l'a très tôt habité. 

Chaque chapitre a été publié quotidiennement sur le site de P.O.L en 2002, tel un feuilleton à partager. Organisés malgré tout avec une certaine rigueur  — la chronologie est relativement respectée — ces souvenirs m'ont d'autant plus parlé qu'ils évoquent quand même un univers qui m'est proche, quand bien même je n'appartiens pas à la même génération et que je n'ai pas le même vécu. En effet, la plus grande partie du bouquin reconstitue mine de rien le contexte social et culturel de la France de la seconde moitié du XXe siècle (quand bien même Winckler se cantonne en fait à la période 50-70). Et la plupart des références conviées me parlent, évoquées pour le coup avec autant de précision que de pertinence. On se laisse alors porter par le flux de cette mémoire, par cette revisitation de l'enfance, l'adolescence et la famille, d'autant plus que Winckler accepte d'y mêler ses impressions d'aujourd'hui, et qu'on perçoit derrière la justesse de l'écriture toute la bienveillance chaleureuse typique de l'auteur.

Alors forcément, dès qu'on quitte la France pour l'année d'étude manifestement fondamentale qu'il à passé aux États-unis, ça parle moins et ça m'a bien moins immédiatement intéressé, ayant l'impression d'avoir perdu ce sentiment de proximité et de compréhension qui m'avait jusqu'ici porté. On en viendrait presque à douter de la véracité de tout ce qui est raconté, parfois trop idyllique. Ce doute étant d'ailleurs presque encouragé par l'auteur dès le début, puisque l'autobiographie est appelée à devenir légende. Cette impression participe finalement plutôt bien de l'ambition du projet. Une veine qu'il va ouvrir et continuer d'ausculter avec l'exploration de sa vie familiale et son projet biographique : Plumes d'Ange (2003), Abraham et fils (2016).




Le Chœur des femmes, 2009
Un sujet passionnant, un texte qui relève à la fois de l'étude de caractères et de l'œuvre à thèse défendue avec conviction. L'ensemble étant narré avec une incontestable fluidité, voire même de virtuosité, l'auteur s'amusant à multiplier les styles et les formats. Personnellement, j'ai presque lu ça comme un document, Winckler abordant un sujet qui lui est cher, qu'il connaît, et dont il livrerait ici sous la forme du roman l'aboutissement d'années de réflexion, de recherches et d'écoutes. En gros, on va dire qu'il s'agit de la contraception et du rapport de la femme au monde médical, avec pour objectif d'éveiller peut-être les consciences.

Ça fonctionne néanmoins un peu moins lorsque l'auteur veut soudain rattacher à cette démarche les wagons de la fiction, et boucler le parcours romanesque de ses personnages. Mais en l'état, je pense que c'est vraiment un livre fort, captivant de la première à la dernière ligne, en plus d'être clairement un livre "utile" qui peut et doit changer le regard et le rapport entre soignants et patients. Un combat citoyen que Winckler mène depuis longtemps, et qu'il continue à mener, que ce soit dans ses livres, dans ses essais, comme dans son implication sur le terrain et les réseaux sociaux.




En souvenir d'André, 2012
Winckler parle encore une fois d'expérience, et c'est vraiment tout ce qui fait le prix de ce texte où tout semble juste, humain. On n'est ni dans le pamphlet ni dans la thèse, mais sur le fond, qui concerne l'euthanasie, c'est évidemment très engagé. Ce qui n'empêche pas la dimension romanesque de reprendre discrétement ses droit dans les liens qui se tissent progressivement entre les personnages, dont on imagine qu'ils sont inspirés de personnes réelles. Et c'est sans doute cette capacité à s'inscrire dans le réel et ce sens de la vérité qui permet à la lecture de devenir bientôt bouleversante.

A l'arrivée, ça s'inscrit donc dans un sillon déjà bien creusé par l'auteur, mais qui semble pour autant toujours aussi nécessaire. Winckler se montre toujours soucieux de la forme, et l'on pourra se dire gentiment agacé quand même par le choix qu'il fait ici de sauter à la ligne après quasiment chaque phrase, comme s'il craignait de livrer au final un bouquin insuffisamment épais.