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15 septembre 2018

Le Cinéma de M.Night Shyamalan I. 1999-2002

The Sixth sense (Sixième sens), 1999 
Ses deux premiers long-métrages étant restés inédits chez nous, c'est donc avec The Sixth sense que M. Night Shyamalan fait en 1999 une entrée fracassante sur la scène (il cosigna également cette année-là le scénario de Stuart Little). Inattendu triomphe commercial, il s'agissait à la base d'une production modeste portée par une filiale de Disney, et donnant l'opportunité à Bruce Willis de revenir à un vrai rôle dramatique, bien éloigné des blockbusters héroïques dans lesquels il s'était dernièrement complu à jouer. Je n'oublierai jamais le traitement qu'en firent alors Les Cahiers du cinéma. Non content d'ignorer la révélation d'un cinéaste au talent si manifeste — forcément rendu suspect par son succès démesuré au box-office américain — ils en avaient relégué la critique dans la rubrique finale des sorties en vrac qui ne méritent pas un article trop poussé, avec cette conclusion lapidaire : « le premier film intello-chiant de l'année. » Évidemment, chacun a le droit d'avoir un avis mais c'était, je trouve, aller un peu vite en besogne.

Vingt ans après, je reste pour ma part toujours aussi admiratif et respectueux du pari que réussissait ici Shyamalan, auteur complet, de l'originalité de son approche des codes du fantastique, de la maîtrise de sa mise en scène, de la finesse de ses dialogues et de la justesse de ses choix de casting. En plus de la sobriété de jeu de Willis, le film révèle le jeune Haley Joel Osment et permet de retrouver Olivia Williams déjà appréciée dans le Rushmore de Wes Anderson. Mais au fil des révisions, c'est surtout la  magnifique présence de Toni Collette qui me semble mériter les éloges. Le cinéma fantastique a souvent aimé mettre au cœur de ses récits des figures enfantines, mais a trop souvent échoué à rendre touchant le lien parental (même dans The Exorcist, j'avoue que si je compatis à ce que vit Ellen Burstyn, je ne suis pas non plus vraiment ému). Ici, la relation entre la mère et l'enfant s'exprime de façon déchirante, et à chaque fois je fonds en larmes lors de leur dialogue final pris dans les embouteillages, démonstration magistrale de la sensibilité extrême dont fait preuve Shyamalan, extraordinairement attentif à ce que les ressorts fantastiques de son film ne prennent jamais le pas sur la justesse des personnages.

C'est du beau cinéma, qui réussi à la fois à terrifier et à émouvoir, loin de se résumer comme on l'a trop souvent fait à son twist, et à la capacité qu'aurait le spectateur à l'anticiper. Sur ce terrain-là, Shyamalan n'a rien inventé, c'est un procédé par exemple typique des épisodes de Twilight zone. Mais il fit un tel effet sur les spectateurs, qu'il est vrai qu'il inspira une mode dans pas mal de productions par la suite, avec plus ou moins d'opportunisme (The Others, Fight club).




Unbreakable (Incassable), 2000
Relecture réaliste de l'univers des superhéros de comics et drame familial à la fois, Unbreakable reste à mes yeux le chef-d'œuvre de son auteur. Sommet de l'économie de son langage cinématographique, avec ce goût pour des plans longs à l'implacable rigueur, refusant toute virtuosité technique ostentatoire. Au contraire tout est dans la suggestion, avec une quasi absence d'effets spéciaux, ce qui est une vrai gageure par rapport au sujet, et dans la continuité du Sixième sens. L'objectif étant de renforcer l'immersion du spectateur, le sentiment profond de réalisme. Ce qui passe également par une photographie relativement terne (signée Eduardo Serra), des décors peu engageants, des acteurs absolument pas glamourisés, et une interprétation qui refuse les excès mélodramatiques.

Traversée des envolées orchestrales de James Newton Howard, la bande sonore du film semble pour l'essentiel composée de chuchotements. Les personnages étouffent sous les non-dits, et le salut du protagoniste passera par le fait d'enfin regarder en face son destin. En plus de la fidélité à son compositeur, la cohérence de l'univers de Shymalan passe également par l'attachement qu'il exprime pour sa ville, Philadelphie (comme il y eut Pittsburgh pour George Romero, Baltimore pour Barry Levinson, Portland pour Gus Van Sant, ou New York pour Woody Allen).

Cette approche du fantastique, servant avant tout comme le révélateur d'une souffrance familiale, cette attention portée au regard de l'enfant, cette croyance dans l'existence du merveilleux, plus le côté wonderboy champion du box-office à 29 ans, tout cela a fait qu'à cette époque Shyamalan est apparu comme un nouveau Spielberg (qui récupérera d'ailleurs Osment pour son A.I.).





Signs (Signes), 2002
Signs joue sur la notion de Hasard (avec un grand H) selon lequel chaque chose en ce monde aurait un sens, même les évenements absurdes ou injustes. Notre existence d'humain faible et misérable trouve sa place sur le plan cosmique, chaque individu a un rôle à jouer. J'ai toujours été fasciné par les histoires de coïncidences — la musique du hasard, dixit Paul Auster  qu'on a tous l'occasion de vivre au quotidien. La grande force de Shyamalan, c'est qu'il installe ces thèmes-là au milieu d'un film de genre que sa caméra revisite, débordante d'idées.

L'édifice se fissure néanmoins. Le réalisateur perd de sa belle rigueur, donnant à voir en usant d'effets numériques, et perdant donc la force de la suggestion à laquelle il s'était si brillamment tenu jusque là. Alors qu'il est question de foi, paradoxalement dès lors qu'on voit, on ne peut plus douter, et on échappe à cette sensation de trouble qui rendait justement ses précédents films si passionnants.

Le final grandiloquent fera s'en étrangler certains. Je sais que les avis sont partagés, mais personnellement j'ai marché à fond, le film m'a ému et enthousiasmé. S'il m'a certainement moins plu par rapport à The Sixth Sense et à Unbreakable, c'est peut-être la faute à Mel Gibson, dont la palette de jeu me semble plus limitée, ou en tous cas que je trouve moins convaincant lorsqu'il faut jouer en sourdine. C'est un film quoi qu'il en soit qui mérite une seconde chance.


DOSSIER M.NIGHT SHYAMALAN :

18 janvier 2018

Le Cinéma de Richard Donner V. 1995-2006

Assassins, 1995
On a ici un peu l'impression d'avoir perdu le réalisateur, avec cette nouvelle production Joel Silver sans saveur qui semble avoir égaré la formule magique de ses actioners des années 80. Construit sur l'opposition basique entre deux tueurs à gages rivaux et doués, sur la confrontation de deux méthodes, le film est écrit par les (encore) frères Wachowski, qui feront en sorte par la suite d'assurer eux-mêmes la réalisation de leurs scripts.

Assassins est ce qu'on appelle un film véhicule, remodelé en cours de route pour ses interprètes. D'un côté un Stallone pas encore en perte d'aura (sorti juste après, Daylight en sera sans doute les derniers feux). De l'autre, un Antonio Banderas bien loin d'Almodovar et qui, après quelques seconds rôles marquants à Hollywood, passe sur le devant de la scène suite au succès du Desperado de RodriguezLeurs deux noms sont clairement mis sur le même plan dans la promotion (affiches, bandes annonces), un peu comme on avait eu Stallone / Snipes pour Demolition man ou Stallone / Stone pour L'Expert... Le nom-même de Richard Donner n'est pas un argument de vente. Le réalisateur ne ralentit pour autant pas son activité, retrouvant bientôt son complice Mel Gibson d'abord sur Conspiracy theory, film de 1997 avec Julia Roberts que je n'ai pas vu, puis avec un retour sans risque à une franchise qui n'en méritait pas tant...




Lethal weapon 4 (L'Arme fatale 4), 1998 
J'avoue que je n'ai jamais eu la curiosité de savoir à quel point Donner s'impliquait dans la conception de ses films, à la production desquels il a la plupart du temps été associé. Ni de chercher d'éventuelles thématiques récurrentes dans son œuvre. Je me souviens même qu'à l'époque de sa sortie, ce Lethal weapon 4 représentait pour moi le symbole détestable du cinéma commercial hollywoodien par rapport au cinéma d'auteur, et je l'ai longtemps snobé. C'est pourtant déjà un peu mieux que le 3e volet, et souvent drôle. La scène du gaz hilarant chez le dentiste en particulier est assez mémorable, dans le genre comédie en roue libre. Et Chris Rock, même s'il n'est pas un acteur très convaincant, a quelques bonnes répliques. Je retiendrais également les impressionnantes cascades sur autoroute, et des effets pyrotechniques très réussis. 

Le film devient surtout très intéressant dans sa volonté de mixer l'actioner "joelsilverien" avec le cinéma de Hong Kong. La tentative est cependant encore timide, la mise en scène reste contrainte par le formatage hollywoodien et sous-exploite les talents de Jet Li, qui écope d'un rôle vraiment trop léger. La même année, Jackie Chan rencontrait le succès avec Rush hour, qui fonctionnait justement exactement sur la formule buddy movie popularisée par la franchise de Donner. Mais il faudra attendre l'arrivée fracassante de The Matrix (1999) pour que la mutation s'achève et que l'approche du cinéma d'action américain soit totalement repensée sous l'influence des chorégraphes hongkongais.

Pour finir sur ce film, je dirai encore que le côté mal élevé de certaines situations et répliques en font un sympathique spectacle, qui joue bien de son côté obsolète (parce que le « Too old for this shit », ça commence à faire longtemps qu'on l'entend). Mention spéciale au générique de fin qui, sous la forme d'un album de photos de famille, nous invite dans l'envers du décor en rendant hommage à tous ceux qui ont travaillé sur la série depuis le premier film : les acteurs et l'équipe de réalisation apparaissent dans leur propre rôle, assumant complètement la dimension fictive de l'entreprise, cet artisanat de l'illusion qu'est le cinéma — that's entertainment — et l'effet est plutôt chouette. C'est là qu'on se dit que c'est presque un petit miracle que d'être parvenu au sein de cette industrie à conserver le même casting (les gamins qui grandissent), le même réalisateur, les mêmes compositeurs,  etc. pendant dix ans. De cette franchise, qui aura inévitablement droit à son reboot ou sa suite revival, je retiendrai surtout les deux premiers volets, avec une préférence marquée pour le second.




Timeline (Prisonniers du temps), 2003
C'est maintenant que Richard Donner ralentit la cadence. Sorti dans l'indifférence générale, Timeline se présente sans vraies têtes d'affiche (Paul Walker, Gerard Butler, David Thewlis, Lambert Wilson, mouais, on a vu plus vendeur), son principal argument commercial se limitant à être une adaptation de Michael Crichton.

C'est une production laborieuse, pleine de réécritures et qui contraint même Jerry Goldsmith à quitter le navire, rendez-vous manqué avec le réalisateur de The Omen. Le manque de moyens est cruellement visible à l'écran, les enjeux à base de voyage dans le temps sont peu intéressants, avec un montage en parallèle laborieux entre scènes d'action dans le passé et intrigues de laboratoire dans le présent. Donner donne ici l'impression d'être fini, achevant sa carrière dans des sous-productions sans âmes, comme Peter Hyams à la même époque abonné à Jean-Claude Van Damme.




16 blocks, 2006
Après le désastre de ce Timeline, c'est peu de dire que je n'attendais plus rien de Donner, et peut-être qu'au moment de sa sortie l'actu ciné était suffisamment morne pour que je cède à la curiosité. Et j'avais trouvé ça très bon. Un polar solide reposant sur un concept assez enthousiasmant, qui se met en place sans fioritures dès le premier quart d'heure. Remake non assumé de L'Epreuve de force, 16 blocks pourrait à mes yeux s'inscrire officieusement dans la franchise Die hard, bien plus dignement que n'aura su le faire l'ignoble 4e volet. On est donc là dans un des retours aux sources les plus convaincants de la grande époque des Silver productions (Le Dernier Samaritain) avec un pur polar hard boiled.

Les interprètes sont excellents. Bruce Willis en chien battu ce n'est évidemment pas une grande prise de risque mais l'efficacité a été prouvée. Certains face à face entre lui et David Morse (que Donner avait fait débuter dans Inside moves) sont un régal par leur côté très théatral, affrontements psychologiques pleins de tensions, procurées aussi bien par les dialogues suffisamment bien écrits pour venir enrichir sans lourdeur les personnages, que par la mise en scène. Donner a l'intelligence de privilégier sa direction d'acteur sur le spectaculaire, s'attachant finalement davantage aux personnages qu'aux courses poursuites, sans pour autant négliger ces dernières dans lesquelles son savoir-faire n'est plus à prouver. Bref, d'une certaine manière le film est très classique mais un classique intelligent, avec des péripéties ludiques qui maintiennent tout du long l'attention en éveil, jouant à la fois sur les contraintes d'espace et de temps. Le film témoigne ainsi d'une énergie et une vitalité qu'on n'espérait plus de la part du cinéaste, et si sa carrière doit s'achever sur ce titre, cela n'aura rien de déshonorant.



DOSSIER RICHARD DONNER :


12 décembre 2017

Le Cinéma de Richard Donner IV. 1992-1994

Radio flyer, 1992
Je n'avais personnellement jamais entendu parler de ce film, coincé entre Lethal weapon 2 et 3 et qui fut un bide à sa sortie. Je craignais un truc honteux, que Donner aurait plus ou moins torché sans vraiment s'impliquer, tel le yes-man qu'il sait être à l'occasion. Il faut reconnaître que le démarrage n'est pas des plus heureux, avec un prologue aux dialogues pas très finauds où Tom Hanks fait la leçon à ses mômes avant de lancer le flashback de ses souvenirs. Tout le film sera ainsi raconté en voix off, et j'ai eu un moment l'impression d'un procédé un peu bricolé, qu'on aurait ajouté en dernier recours pour aider à faire tenir le film après de mauvaises previews. Or, plein de séquences et de transitions au cours du récit semblent vraiment ne fonctionner que par rapport à cette voix off, et la conclusion du film confirmera qu'elle fait partie intégrante du projet. Donner avait déjà brillamment dirigé des mômes avec ses Goonies, mais on est ici dans une approche radicalement différente, puisqu'il y est question de deux frangins qui, confrontés à la brutalité d'un beau-père alcoolique, devront trouver refuge dans leur imagination. 

Sur ce sujet difficile, le réalisateur est parvenu à faire quelque chose qui n'est ni complaisant, ni niais, porté par de vraies belles visions poétiques. Il a de même l'intelligence de nous épargner le côté rétro nostalgique qu'on aurait pu attendre. Les faits se déroulent en effet dans l'Amérique provinciale de la fin des 60's mais Donner n'appuie jamais la reconstitution d'époque, restant concentré sur ses personnages. Dans le rôle des deux frères, Elijah Wood et Joseph Mazzello (le petit Tim de Jurassic park) sont absolument épatants, justes et émouvants dans leurs réactions, chacun à sa façon. Et si les jeunes acteurs sont aussi bons, c'est bien sûr grâce à leur talent, mais sans doute que la direction de Donner y est aussi pour beaucoup. D'ailleurs même le chien joue bien. On sent que le réalisateur a mis du cœur dans ce projet, dont il est producteur, et le film m'a régulièrement impressionné par la qualité de sa mise en scène, riche de mouvements de caméra amples et gracieux. 

Constamment au service de son histoire et de ses personnages, la caméra adopte la plupart du temps le point de vue des enfants, se mettant souvent à hauteur de leur regard. La figure du beau-père, que les gamins surnomment le Roi est ainsi souvent cadrée de façon à dissimuler son visage ou ses yeux, mais sans pour autant en faire une sorte d'ogre irréel, le rendant au contraire d'autant plus menaçant. Et Donner fait preuve d'une vraie pudeur en ne montrant jamais frontalement la violence, mais plutôt ses conséquences, et ce qu'il laisse imaginer a évidemment bien plus d'impact. Bien que libératrice, l'évasion dans l'imaginaire est alors lestée de gravité et d'amertume, car elle ne fait pas totalement oublier ce qui l'a rendu nécessaire. La photographie de Laslo Kovacs est absolument splendide, le film baignant souvent dans une lumière automnale, et j'ai été étonné de voir au générique le nom de Hans Zimmer qui signe une très belle partition purement symphonique. Radio flyer aura donc été la découverte de cette rétrospective, et j'encourage vivement sa découverte.




Lethal weapon 3 (L'Arme fatale 3), 1992 
Projet fragile et à la production chaotique, Radio flyer fut logiquement un échec, et on peut comprendre que Donner ait après ça préféré revenir au cinéma d'action et à la franchise rassurante des Lethal weapon. C’est le seul épisode que j’aurais vu en salle à sa sortie, et ça reste encore aujourd'hui pour moi le moins bonL'ensemble manque trop d'inspiration à mon goût. Film honnête mais un peu paresseux, comme fait sur pilote automatique, nécessaire pour personne sauf pour le porte-monnaie des parties impliquées. Lethal weapon 3 incarne la lassante surexploitation d'une franchise, amusante à défaut d'être enthousiasmante. J'apprécie néanmoins la louable volonté sobriété des affiches de la franchise, qui capitalisent d'abord sur l'alchimie du duo, plutôt que sur la surenchère pyrotechnique (et le film en contient pas mal).

Les personnages ont cessé d’être intéressants, les gags et répliques font moins mouche, et les méchants auraient gagnés à être davantage charismatiques au lieu de rester à l'état de pantins de cinéma. Bref, c’est un peu l’équivalent de La Dernière cible pour la série des Dirty Harry, épisode inutile mais devant lequel on ne boude pas non plus le plaisir de retrouver des personnages qu'on commence à bien connaître. Sauf que Clint, lui, a toujours la classe.




Maverick, 1994

Le film s'inscrit dans cette tendance qui vit en ce milieu des 90's Hollywood puiser son inspiration dans de vieilles séries TV, pour le meilleur comme pour le pire. Brian De Palma avait plus ou moins ouvert le ban en 1987 avec ses Incorruptibles, mais le processus s'accéléra surtout à partir du succès surprise du Fugitif (1993). Seront ainsi transposés sur grand écran des shows vintages comme Mission : impossible, Le Saint, Chapeau melon et bottes de cuir, Wild Wild West ou encore Charlie's angels pour rester dans la décennie. Ayant démarré sa carrière comme réalisateur de télévision au début des 60's, Donner aurait très bien pu tourner quelques épisodes de la série Maverick à l'époque de sa diffusion. Et si son film ici fonctionne, c'est sans doute parce qu'il échappe aux écueils de l'ironie et du second degré qui a trop souvent perdu ces productions. Assumant au contraire pleinement la dimension surannée du spectacle qu'il nous propose, le film a donc un petit côté old school dans sa fabrication comme dans son écriture qui en fait toute la saveur. On retrouve au scénario la patte de William Goldman qui trouve avec ce projet l'occasion idéale de raviver la veine et le mélange des tons de son Butch Cassidy and the Sundance kid.

Donner retrouve son vieux copain Gibson, toujours à l'aise pour incarner la décontraction.  Héros de la série originelle, James Garner prouve une nouvelle fois qu'il est né pour jouer les cowboys. Et Jodie Foster est d'une exquise modernité dans cet univers macho. Le trio d'acteurs nous régale de ses joutes verbales, avec des oppositions de caractère bien marquées et efficaces, où on n'hésite pas à se tirer dans les pattes puisqu'il est question ici de poker et de bluff. De son côté, le réalisateur s'amuse à fignoler son western, avec des moyens qui en font un spectacle enlevé, délicieusement suranné, élégant et sans cynisme ou regard parodique, et constamment délectable (décors, costumes et scènes d'action menées tambour battant). Maverick se présente ainsi avec les atours d'un divertissement de très grande classe, blockbuster friandise de l'été où le plaisir pris par ses auteurs est aussi visible que communicatif (même Danny Glover vient y faire son caméo). 


DOSSIER RICHARD DONNER :

5 décembre 2017

Le Cinéma de Richard Donner III. 1987-1989

Lethal weapon (L'Arme fatale), 1987
Révélé internationalement grâce à George Miller et Peter Weir, l'Australien Mel Gibson est désormais bien installé à Hollywood. Il va encore faire franchir un palier à sa carrière en s'associant à ce qui va devenir une des plus grosses franchises de l'époque, confiée à l'un des yes-man les plus fiables de l'industrie, Richard DonnerTriomphe mondial à sa sortie, Lethal weapon permet au jeune prodige Shane Black d'accéder au statut du scénariste le mieux payé du système, et au producteur Joel Silver de s'imposer comme le nouveau roi de l'actioner. En soi, le film n'invente rien, reconduisant un peu la formule du buddy movie éprouvée sur le 48 heures de Walter Hill, autre polar urbain produit par Silver qui confrontait déjà son duo de personnages hauts en couleurs entre deux exploits pyrotechniques. Formule recyclée ad nauseam (Tango & Cash, Rush hour, Bad boys...).

On se retrouve donc avec un plutôt bon polar, encore un peu bâtard dans ce mélange action/comédie qui réussira si bien sur Die hard. Le début est très noir, la fin se laisse un peu trop aller à l'action cool. On est un peu le cul entre deux chaises et ça manque de cohérence, comme si le film n'assumait pas ses intentions initiales. À l'image de cette scène au faux suspense où l'on voit Riggs se faire mitrailler, puis révéler qu'il porte un gilet pare-balles, en contradiction totale avec sa caractérisation de personnage suicidaire jusqu'ici patiemment construite. La baston finale avec Gary Busey m'est de même apparue complètement gratuite, sans même exploiter une quelconque motivation cathartique et dramaturgiquement sans intérêt. 

En gros, c'est surtout le milieu du film qui m'a semblé vraiment fonctionner, avec ce tandem de flics vétérans du Vietnam qui s'apprivoisent, et dont la relation se voit développée avec délicatesse et vérité. Gibson y est tout à fait convaincant dans son interprétation. La mise en scène de Donner est à la fois discrète et pleine d'élégance, privilégiant les plans longs tel cet impressionnant plan aérien d'ouverture. BO sympathique de Clapton et Kamen, avec son petit thème émouvant.





Scrooged (Fantômes en fête), 1988
Retour à la comédie pour Donner, avec cette transposition moderne et newyorkaise du classique Conte de Noël de Dickens, toujours très apprécié comme source d'inspiration par Hollywood. C'est d'ailleurs une époque qui voit défiler pas mal de ces comédies fantastiques au ton adulte. Ainsi La Mort vous va si bien, les Sorcières d'Eastwick ou encore Nuit de noces chez les fantômes, film avec lequel j'ai d'ailleurs souvent confondu le Donner.

Mais c'est surtout Ghostbusters qui est ici dans le rétroviseur des producteurs, et la présence de Bill Murray en tête d'affiche n'a évidemment rien de fortuit. Le comédien ne se renouvelle d'ailleurs pas vraiment, reprenant son personnage odieux et cynique, une nouvelle fois confronté à des fantômes venus lui faire une leçon de morale, prétexte à un festival d'effets de maquillage. Le casting est complété par Karen Allen et Robert Mitchum.




Lethal weapon 2 (L'Arme fatale 2), 1989 
Le scénariste Jeffrey Boam (The Dead zone, L'Aventure intérieure, Indiana Jones et la dernière croisade) prend la relève de Shane Black et livre ce qui reste à mes yeux, même après revoyures, le meilleur épisode de la franchise. Cette fois les ingrédients action/drame/humour sont bien mieux dosés et restitués que dans le premier volet. Les acteurs, la mise en scène et la musique sont suffisamment solides pour créer l'émotion quand il faut. La dimension dramatique est bien plus convaincante. Riggs perd une nouvelle fois son amour, ses collègues se font massacrer, et la fin tourne à la vendetta. Et j'aime toujours autant le délire du protagoniste autour des Three StoogesEn comic relief, Pesci aurait pu être vite agaçant mais se révèle franchement marrant. 

C'est drôle et surprenant, les cascades sont assez imaginatives et parviennent à convaincre jusque dans leur côté irréaliste (les bad guys et leurs hélicos). Bref, une vraie réussite du genre. Seul vrai regret, le manque d'audace du final, qui aurait vraiment touché au sublime si Riggs avait succombé à ses blessures, dans les bras de Murtaugh...


DOSSIER RICHARD DONNER :

28 août 2017

Le Cinéma de Peter Weir II. 1982-1986

The Year of living dangerously (L'Année de tous les dangers), 1982
Après Gallipoli, Weir prolonge sa collaboration avec Gibson, le prodige du cinéma australien désormais aux portes d'Hollywood. Le résultat est un film intéressant parce que, une nouvelle fois, très déstabilisant. Par son contexte et ses personnages, je pensais qu'il s'inscrivait dans cette veine du film politique à grand spectacle, assez en vogue au cours des 80's (La Déchirure, Good morning Vietnam, Under fire, Salvador...). De plutôt bons films, d'ailleurs, courageux parce qu'ancrés dans des événements authentiques, qui dénonçaient notamment l'ingérence américaine à travers la figure-passerelle du reporter. Ici, l'arrière-plan politique est évidemment au cœur du drame que vivent les personnages, mais le cinéaste semble davantage intéressé par leur parcours intime. La fièvre qui les gagne est en effet d'ordre existentiel, la guerre servira plutôt à intensifier leurs sentiments, et il n'y aura aucun complot de la CIA à dévoiler.

Le récit prend ainsi les atours de la chronique, où les scènes semblent s'enchaîner sans véritable liant, montrant le jeune journaliste au travail, s'efforçant de trouver sa voix dans ses reportages, fréquentant ses collègues au bar de l'hôtel ou aux soirées de l'ambassadeur. Novice, il montre assez tôt son refus de suivre les protocoles, de jouer au patron comme le font les expatriés vis-à-vis des autochtones. Son statut est donc un peu nulle part, du moins dans l'entre-deux. On se demande même si, au-delà d'en rendre compte, le devenir du pays l'intéresse. Dans son interprétation, j'ai trouvé Gibson relativement absent, comme si lui-même ne savait pas exactement quoi jouer, quelle position défendre. Le film se déroule ainsi sur un rythme plutôt tranquille, sans chercher à rendre chaque situation signifiante, mais procédant plutôt par petites touches, travaillant son atmosphère jusqu'à ce que progressivement le protagoniste se dégrossise et porte son intérêt sur Sigourney Weaver. Ça devient alors une romance menacée par le temps. Et cette dimension romantique sera jusque dans la conclusion le véritable moteur de l'intrigue, Weir semblant donc réinvestir le genre de la fresque poétique à la David Lean, et ce n'est sans doute pas un hasard s'il embauche Maurice Jarre, qui va devenir pendant longtemps son compositeur attitré (même si, ici, sa partition est très discrète et que seul le thème électro de Vangelis se détache).

Si le film marque des points sur le spectateur, c'est surtout grâce à Linda Hunt et sa performance prodigieuse qui lui vaudra un Oscar mérité. Lumineuse, elle compose un personnage charismatique, troublant et fascinant. Impressionnant de voir tout ce qui passe dans son regard au cours d'une même scène. Son Billy prend véritablement en charge le récit dès le début du film, tel un marionnettiste qui espère diriger le destin de ceux qui l'entourent. C'est un personnage presque fantastique, caméléon qui a ses entrées partout (politiques, journalistes, population des bas-fonds). Mais un personnage aussi extrêmement fragile, dont l'assurance n'était que façade. Finalement, en faisant voyager le film dans ma mémoire, ce seront clairement son visage et son parcours qui me reviendront, davantage que les déchirements du cœur de Gibson et Weaver.




Witness, 1985
Pas vraiment un polar, la partie enquête étant plutôt vite expédiée. Il s'agit avant tout de créer les conditions pour justifier qu'un personnage de flic citadin se retrouve contraint de vivre au pays des Amishs de Pennsylvanie, population autarcique et comme figée au XVIIIe siècle. Et c'est une nouvelle fois cette question de la confrontation que le cinéaste va explorer tranquillement, confrontation entre deux environnements, entre deux modes de vie. Ce sera d'abord la brutale plongée d'une veuve et son gamin dans la cité du péché, de la violence et des couples illégitimes — et après Blow out, il ne fait décidément pas bon fréquenter les toilettes de la gare centrale de Philadelphie. Et même si ça repose sur quelques facilités, Weir et ses scénaristes se débrouillent plutôt bien pour nous convaincre que Ford n'a pas d'autre choix que de se planquer chez les Amishs. Les événements s'enchaînent bien, on ressent le danger et cette sensation de toile qui se ressert autour de lui. Le cinéaste va ensuite pouvoir ralentir le tempo, montrer la convalescence d'un homme et le réveil des sentiments d'une femme. Les paysages sont beaux, la lumière aussi, et l'on assiste plutôt charmé à ces moments de séduction pudique et réciproque. 

Weir semble avoir à cœur de filmer ses Amishs dignement, sans céder à la facilité de la caricature ou du pittoresque comique. Et c'est sans doute lorsqu'il nous fait oublier l'arrière-plan convenu du polar qu'il se révèle le plus inspiré, en particulier lors de cette jolie séquence de la construction de la grange, qui prend des allures de rituel auquel on assiste fasciné, chaque individu trouvant naturellement sa place dans la communauté au travail (Ford retrouvant les gestes du menuisier qu'il a lui-même été avant que sa carrière démarre). Et si ça marche aussi bien, c'est grâce au thème majestueux de Maurice Jarre, dont j'adore la belle progression. Cette scène ne repose en rien sur la mécanique du récit, et pourtant on s'y sent bien. Et c'est tout à l'honneur du metteur en scène que d'être parvenu à impliquer à ce point son spectateur dans l'atmosphère chaleureuse qu'il cherche à mettre en valeur. Lorsqu'arrive le dernier acte, logique, le récit gagne en tension et c'est plutôt efficace. Malheureusement, on a I'impression qu'au bout d'un moment le réalisateur ne sait plus trop quoi faire de ses personnages, et la résolution du climax est plutôt décevante. C'est heureusement rattrapé par une conclusion très belle, qui nous épargne les artifices du happy end hollywoodien.

Côté casting, c'est impeccable. On sent Ford très investi et soucieux de paraître toujours juste, avec un jeu tout en retenue. Revoir ce film aujourd'hui c'est aussi s'interroger sur le pourquoi de la disparition de Kelly McGillis, qui est ici absolument sublime. J'ai l'impression qu'en dehors de ce rôle et de celui, évidemment bien moins intéressant, qu'elle jouera dans Top gun, elle n'a pas eu la carrière qu'elle méritait, rejoignant sans doute d'autres actrices américaines qui ont eu une trop brève heure de gloire dans les 80's. Je retiens également la prestation remarquable et attachante d'Alexander Godunov, que Weir et ses scénaristes ont l'intelligence de ne pas caractériser comme un méchant de cinéma (jouant le rival amoureux, j'étais persuadé qu'il était destiné à trahir, sans doute influencé par l'image de vilain qu'il conserve à mes yeux depuis Die hard). Je n'avais jamais réalisé que c'est Lukas Haas qui joue le gamin dont le visage est devenu emblématique du film (pour moi il reste l'éternel ado de Mars attacks !, Breakfast of champions et Tout le monde dit I love you). Danny Glover est celui qui s'en sort peut-être le moins, avec un rôle sans épaisseur et à peine dialogué. Enfin, petit plaisir de découvrir au milieu des Amishs le visage juvénile d'un Viggo Mortensen qui attire déjà la lumière.




The Mosquito coast, 1986
Encore un film courageux à mettre au palmarès de ce cinéaste aventurier, tourné comme toujours loin des studios, sur un terrain peu confortable dans la forêt tropical du Belize. S'appuyant sur un scénario troublant de Paul Schrader, le cinéaste portait ce projet depuis longtemps, et sa fructueuse association avec Ford a permis de lancer la production sans trop avoir de bâtons dans les roues. J'aime quand un réalisateur s'accapare ainsi une thématique qui l'inspire et l'exploite de film en film. Weir semble une nouvelle fois avoir trouvé un sujet idéal pour nous montrer un homme qui tente de reconstituer le lien cosmique qui l'unit à la Nature et que la société moderne lui a fait perdre. Par une suite d'épisodes tous très judicieux, le réalisateur va nous interroger sur la vanité d'une telle quête, sur le dangereux abandon qu'elle exige. C'est typiquement le genre de récit que j'aime et qui me fascine. Weir, Boorman, Herzog... même combat.

Dans le rôle de ce personnage habité et bientôt consumé par ses obsessions, la superstar Harrison Ford est franchement méconnaissable et il obtient tout mon respect pour avoir accepté et soutenu un film aussi peu glamour, qui ferait presque oublier qu'avant les années 90 il a eu une carrière intéressante voire courageuse. Et c'est même émouvant rétrospectivement de le voir partager l'affiche avec River Phoenix, qui incarnera peu de temps après son personnage d'Indy gamin dans La Dernière croisade. Les tribulations de sa petite famille sont racontées avec une justesse de ton vraiment touchante, évitant le spectaculaire factice de la seule aventure exotique. Malheureusement, là où Witness fut un succès public et critique, The Mosquito coast essuya d'injustes critiques, film rude voire déprimant. Pour ma part, je le considère comme une de ses plus belles réussites.



DOSSIER PETER WEIR :