Affichage des articles dont le libellé est Meg Ryan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Meg Ryan. Afficher tous les articles

17 mars 2017

Le Cinéma de Joe Dante III. 1983-1987 : les années Spielberg

Twilight zone : the movie (La Quatrième dimension), 1983
Suite au phénoménal succès planétaire d'E.T. le wonderboy Steven Spielberg peut désormais donner libre cours à ses ambitions de mogul, et va à partir de cette date se faire réguliérement plaisir en produisant des cinéastes qu'il apprécie : Tobe Hooper, Richard Donner, Don Bluth, Robert Zemeckis ou Barry Levinson. C'est la grande époque d'Amblin' qui va marquer de son empreinte le cinéma américain des années 80, aujourd'hui reconsidéré avec nostalgie. 

Joe Dante ayant fait forte impression avec ses séries B de monstres, se voit donc appelé pour rejoindre le projet de film à sketch que monte alors Spielberg en compagnie de John Landis et George Miller. Production ambitieuse, hommage à la série télévisée de Rod Serling qui a nourrit l'imaginaire de plusieurs générations, Twilight zone : the movie propose un enchaînement de quatre courts-métrages écrits par Richard Matheson. L'épisode réalisé par Dante, It's a good life, où un enfant parvient à contaminer la réalité à partir de ses références télévisuelles, lui donne l'occasion de donner un nouvel élan à sa réflexion sur le pouvoir des images, qui nourrira toute son œuvre. Dante retrouve son chef-opérateur John Hora et son concepteur d'effets spéciaux Rob Bottin qui permettent de donner pleinement corps à des visions totalement inspirées par le cartoon, offrant ainsi une sorte d'hommage live à Chuck Jones. Le film marque également pour le réalisateur la naissance d'une complicité précieuse avec Jerry Goldsmith, qui se poursuivra avec bonheur jusqu'à la fin de carrière de ce dernier.




Gremlins, 1984
Porté par une des affiches les plus intrigantes signées John Alvin, le film fut l'événement de Noël 84. Un succès aussi mérité que pas gagné pour ce mélange audacieux de film d'horreur, de comédie familiale, de satire sociale, de conte de fées et même de musical. La réussite du film apparaît d'autant plus miraculeuse que sa gestation a été particulièrement mouvementée (ce qui va pratiquement être la norme désormais dans la carrière de Dante). En effet, Gremlins était au départ conçu comme un petit film d'horreur sans prétention, remixant notamment des éléments d'Invasion of the body snatchers et des films de vampire. Dans le premier script de Chris Colombus, Gizmo se métamorphosait lui-même en méchant petit démon. C'est Spielberg producteur, ayant craqué sur le design de Chris Walas — irresistible il est vrai — qui suggéra de le conserver à l'état de gentille peluche, incarnant ainsi une étonnante dualité puisque il reste celui qui sème le chaos via ses rejetons. Et là on se rapprochera plutôt de L'Étrange cas du Dr Jekyll, voire de Chromosome 3. 

Mais celui qui déclenchera l'apocalypse qui va bientôt ravager la petite ville de Kingston falls reste bel et bien l'Homme, le mogwai n'étant que le révélateur de son irresponsabilité, d'une arrogance qu'on pourrait faire remonter à Prométhée. Ainsi derrière le divertissement de premier choix — les idées fusent, le rythme est parfait, les personnages sont attachants, les effets spéciaux excellents et on rit beaucoup — la fable ne manque pas de profondeur. Enrichi d'une multitude de sous-textes vertigineux, le scénario a donc été repensé de fond en comble, et Dante a pu ainsi mieux bousculer les conventions, faisant cohabiter un propos quasiment métaphysique avec les éléments horrifiques conservés du premier script, créant un mélange des genres aussi inconfortable que stimulant, et assez typique de l'art du cinéaste de souffler le chaud et le froid sur son spectateur. 

Si son film a tant marqué le public d'alors, c'est parce qu'on sent le metteur en scène habité d'une profonde sincérité. Nourri aux films de série Z, Dante partage comme Tim Burton — dont le talent émerge à la même époque — une vision à la fois tendre et cruelle de la banlieue américaine, le goût des êtres en marge, et le désir de se réfugier dans un monde taillé sur mesure à partir de ses rêves. Et, soutenue par la partition ébourriffante de Jerry Goldsmith, Gremlins en est sans doute l'expression la plus accomplie. Le film et ses créatures entrent instantanément dans la culture populaire, inspirant une ribambelle de plagiaires sans talent (Creeters, Ghoulies, Troll...). Dante aurait pu alors avoir Hollywood à ses pieds, mais le destin en décidera autrement.




Explorers, 1985
Avec : Ethan Hawke, River Phoenix, Dick Miller, Robert Picardo...
Chronique précédemment publiée sur le site DVDClassik...


















Innerspace (L'Aventure intérieure), 1987
Encore une affiche spectaculaire de John Alvin... Après le désastre critique et public (mais pas artistique) d'Explorers, un de ses films les plus personnels à cette date, Dante retourne sous le giron de Spielberg, retrouvant liberté de mouvement et moyens. Loin d'être un remake du Voyage fantastique de Richard Fleischer, Innerspace en reprend simplement le postulat de voyage miniature à l'intérieur du corps humain mais en offrant là encore un véritable cocktail de tons et de genres qui fusionnent avec une heureuse harmonie. Pour Dante, l'idée était d'imaginer ce qu'il se passerait si Dean Martin se voyait injecté par accident dans le corps de Jerry Lewis. Et c'est plus ou moins ce qu'il va filmer.

Au service du scénario plein d'ironie retravaillé par Jeffrey Boam (Indiana Jones and the last crusade), Dante mélange ainsi brillamment comédie romantique (le couple Dennis Quaid et Meg Ryan absolument délicieux), slapstick à la Laurel et Hardy avec l'excellent usage du corps burlesque de Martin Short qui donne ici beaucoup de sa personne, parodie du film d'espionnage avec un Kevin McCarthy en roue libre, mais aussi sens du merveilleux avec un spectacle visuellement totalement inédit. Supervisés par Dennis Muren, le film va en effet réaliser d'authentiques prouesses techniques en terme d'effets spéciaux, légitimement récompensés aux Oscars. 

Pour son casting, son rythme énergique et son esthétique colorée (les extérieurs baignent dans la lumière californienne), le film apparaît aujourd'hui comme un bijou du cinéma des 80's, procurant une saveur dont on tente encore de reproduire la recette, parvenant à toucher tous les publics sans jamais paraître condescendant ou tomber dans une connivence artificielle. Ici encore, la satire ne vient jamais rogner sur la sincérité du regard du cinéaste.



DOSSIER JOE DANTE :

6 octobre 2016

Les Films de Richard Fleischer X. 1979-1983

Les années fastes sont terminées pour Richard Fleischer. À partir de Mandingo, succès commercial dont le final cut lui a échappé, il se retrouve attaché à des projets qui n'aboutissent pas ou se voit contraint de sauver des tournages en perdition. Lui qui abordait chaque nouveau film comme un défi à relever, semble étrangement avoir revu ses exigences à la baisse, au risque de passer pour un mercenaire de la pellicule. Malgré tout, nonobstant des conditions de production peu motivantes, demeure ce goût du travail soigné et une technique solide.


Ashanti, 1979
Le film avait été commencé par Richard Sarafian (Vanishing point). Insatisfait, le producteur suisse Georges Alain Vuille le renvoya avant d'appeler Fleischer à la rescousse. Une situation qui ressemble à The Last run, sauf que dans le premier cas Fleischer parvenait à réaliser un chef-d'œuvre et qu'ici il ne transcendera pas le caractère routinier de cette production. Du niveau d'un thriller de gare, le scénario se révèle vite dénué d'épaisseur, prétendant peut-être dénoncer une situation inhumaine mais n'ayant qu'une molle course-poursuite à proposer.

Nous sommes en Afrique. Au bout de dix minutes, la superbe femme (à la ville comme à l'écran) de Michael Caine se fait enlever par des trafiquants d'esclaves, une équipe de branquignols pas très inquiétants menés par un Peter Ustinov déguisé en arabe, qui a au moins le mérite d'être drôle dans sa façon de rouler les "r" en faisant des bons mots. Au détour du film on croisera également William Holden tout content d'avoir un hélicoptère à piloter et qui finit de façon assez minable, Rex Harrison qui tourne pour la troisième fois sous la direction de Fleischer, Omar Sharif en Prince du pétrole trouillard, et même la moustache de Jean-Luc Bideau. Malgré ce défilé de grands noms, tous ces personnages peinent à exister, défilant artificiellement l'un après l'autre et donnant surtout l'impression d'être là pour profiter de vacances au soleil, une fois leur scène dans la boîte. Caine se retrouve pendant une bonne partie du métrage à galoper à dos de chameau en compagnie d'un certain Malik, et rien n'est jamais construit entre eux deux. L'affrontement final est limite nanaresque : les deux compagnons d'aventure se lancent à l'assaut d'un yacht dont ils défont les gardes avec une facilité aberrante. Certes, Fleischer conserve un minimum de savoir-faire, et profite de très beaux décors naturels, nous faisant traverser le Sahara jusqu'à la Mer Rouge. Mais pour un tel sujet, le film manque cruellement de tension et d'émotion, donnant assez peu envie de le défendre.




Tough enough (La Force de vaincre), 1982
Un très joli film, aux prétentions modestes mais vraiment touchant, qui n'eut malheureusement pas les honneurs d'une sortie en France, et passa pratiquement inaperçu aux Etats-unis. Fleischer dépeint avec beaucoup de tendresse l'Amérique profonde avec ces héros du quotidien qui s'accrochent à des rêves plus grands qu'eux. L'histoire nous ballade entre le Texas et Detroit, avec un Dennis Quaid dans toute la fougue si communicative de ses jeunes années. Échouant dans son désir de vivre de sa musique, il se lance dans une compétition de boxe amateur à laquelle participe tout un tas de brutes et de losers. On le verra à différents moments taquiner de la guitare et ses chansons, qu'il interprète lui-même, sont charmantes, typiquement country western.

Remarquablement dialogué et interprété, le film met en scène des personnages très attachants. Les relations entre Quaid et sa femme sont particulièrement réussies, alternant engueulades et réconciliations. Pour son dernier rôle, Warren Oates incarne un organisateur de combat échappant heureusement à la caricature. Il pense avant tout à son business, exploitant à l'occasion les pauvres types en qui il voit du potentiel, mais sans être véreux pour autant. Question scènes de boxe, Fleischer assure le spectacle avec énergie et talent. Les combats sont nombreux, et souvent drôles étant donné qu'on est dans un cadre pas très professionnel qui autorise les coups tordus, ce qui aboutira à un affrontement final particulièrement impressionnant. Le film semble encore ancré dans les années désenchantées de la décennie précédente, je pense notamment à Deux filles au tapis d'Aldrich ou au Fat city de John Huston. Le succès de Rocky est encore frais, revitalisé par ses suites. Le rapprochement étant inévitable, le film de Fleischer l'anticipe et s'en amuse, avec cette scène hilarante où Quaid, en plein entraînement dans les rues de Detroit, se met à monter les marches d'un bâtiment avant d'être rappelé à la réalité par son coach. Au milieu de cette peu glorieuse dernière période du cinéaste, Tough enough est à mes yeux LA petite pépite qui mérite sa redécouverte, et l'un de ses films les plus attachants.




Amityville 3-D, 1983
Oublié depuis les fifties, le cinéma en relief connaît en ce début 80 un court regain de mode circonscrit au genre horrifique (Jaws 3D, Meurtres en 3 dimensions, Parasite). Gros succès de 1979, Amityville est vite promu au rang de franchise par le toujours opportuniste Dino De Laurentiis. Il confie le troisième volet à un Fleischer décidément pas rancunier, qui se serait apparemment montré ravi de cette nouvelle occasion de tourner en 3D, trente ans après la peu concluante expérience d'Arena. Passionné de technique depuis ses débuts et toujours prêt à innover, il va s'amuser à en exploiter ici tout le potentiel, quitte à basculer dans l'attraction de foire. 

C'est donc un quasi non-sens de voir le film en version plate, tellement chaque plan, chaque effet est pensé pour une projection en relief. Le réalisateur use et abuse de la profondeur de champ, avec objets en amorces, fixes ou mouvants. Des personnages tendent leur main, une lampe torche, un micro vers le spectateur, voire lui crachent à la figure. Et ça culmine au final avec la destruction de la maison maudite, très spectaculaire, où les cloisons sont pulvérisées, les tables volent, et des bouts de verre sont projetés. Toute cette séquence est une petite merveille d'effets mécaniques à l'ancienne. Le travail sur les effets sonores est également remarquable, notamment ces bruits étranges de craquement et autres grattements des murs et du parquet qui participent de cette volonté d'immersion. Autre séquence très réussie, un brutal accident de voiture percutant une remorque avec des barres de fer qui passent à travers le pare-brise, et l'objectif de la caméra.

Une fois l'intérêt du relief perdu, il faut bien convenir qu'on se retrouve face à un film d'horreur plutôt bas de gamme, plagiant trop visiblement et paresseusement les ingrédients d'un Poltergeist bien mieux tenu. Les personnages — adultes, ce qui change un peu des sempiternels ados idiots — s'acharnent à réagir aux événements surnaturels de la façon la plus absurde qui soit. Il y a déjà eu plusieurs morts liés directement à la maison, et le héros persiste à y demeurer, obstiné dans son rationalisme. Le pire étant peut-être le personnage du scientifique qui pratique des expériences sans intérêt et qui, confronté au monstre qui vit dans la cave, semble tout d'un coup parfaitement savoir quoi faire (et je vous épargne son improbable méthode). Les péripéties semblent s'enchaîner de façon si arbitraire, que ça en devient finalement assez rigolo, ruinant donc les intentions du film, lourdement soulignées par une musique caricaturale. Et ce n'est pas la présence d'une Meg Ryan à ses débuts qui suffira à augmenter l'intérêt. Bide à sa sortie, même pas distribué en France, ce troisième volet condamnera la saga à se poursuivre sur le marché vidéo, avant de se voir ressuciter par un inutile remake de plus.



DOSSIER RICHARD FLEISCHER :