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9 novembre 2018

Le Cinéma de M. Night Shyamalan III. 2008-2010

The Happening (Phénomènes), 2008
Mal accueilli à sa sortie, The Happening ne semble toujours pas engagé sur la voie de la réhabilitation. J'avoue ne pas l'avoir revu depuis mais m'étais senti bien seul à l'époque à avoir apprécié ce film apocalyptique, riche d'une atmosphère pesante et de la photographie froide de Tak Fujimoto. Filmant toujours à hauteur de personnages, Shyamalan distille brillamment le sentiment de l'inéluctable. Paranoïa collective galopante, phénomènes inexplicables, panique de fin du monde, on conçoit l'intérêt qu'a pu trouver le cinéaste danc cette histoire où la menace est invisible et concerne l'humanité entière, tel un châtiment mérité. Le fantastique sert de révélateur, car en même temps que l'avenir de notre espèce, c'est aussi celui d'un couple qui se joue : Mark Wahlberg, acteur toujours solide, et Zooey Deschanel, pas aussi émouvante qu'on l'aurait souhaitée.

Ici la mort est dans l'air, et le réalisateur construit son film comme un authentique suspense hitchcockien. Impossible de ne pas penser à The Birds, maître étalon du genre. Ainsi la superbe scène finale qui ne fonctionne que par le pur travail de la mise en scène, images et sons travaillant de concert. Tout ne repose cependant pas sur l'art de la suggestion. La suspension d'incrédulité était un pari présent dans tous ses films précédents. En optant cette fois pour une représentation frontale de l'horreur, où tout est complaisamment montré avec un inévitable recours à des effets numériques pas toujours convaincants, Shyamalan prend le risque du ridicule, voire du mauvais goût. Au lieu d'être saisi d'effroi, le public est presque tenté de rire et finit par perdre la foi dans le talent de conteur du cinéaste. De film en film, le soufflé semble avoir fini de retomber.




The Last airbender (Le Dernier maître de l'air), 2010
Dans The Happening, il s'agissait pour Shyamalan de filmer le vent. Adapté d'une série animée, avec l'ambition de lui consacrer plusieurs volets, The Last airbender lui offre l'opportunité d'enrichir sa palette aux trois autres éléments, « in 3D » comme le proclame fièrement son affiche. Le procédé est alors en pleine hype, pratiquement incontournable pour l'industrie du spectacle hollywoodien depuis les avènements d'Avatar et de Là-haut l'année précédente. Bizarrement, la seule chose que tait la promo, c'est le nom du réalisateur, qui cesse soudain d'être un argument commercial. 

Le résultat a lui-même quelque chose d'anonyme. Au programme : la quête d'un élu, des captures, des évasions, une princesse, un traître repenti, des sacrifices. On ne s'ennuie pas, on profite d'un bel univers — classique mais soigné — à mi-chemin entre la fantasy et le steampunk, le tout matiné d'inspirations asiatiques tant dans l'esthétique que dans les personnages et leur spiritualité, ainsi que dans les chorégraphies qui lorgnent clairement vers le cinéma hongkongais. Ce qui a au moins pour avantage d'apporter des couleurs fraîches à ce genre de superproduction grand public. Shyamalan fignole sa mise en scène, fait de louables efforts pour faire durer ses plans et mettre en valeur les mouvements de ses acteurs, mais ça reste bien trop mou dans la gestion des corps. À quelques exceptions près, les scènes d'actions paraissent empruntées et pêchent par leur manque de rythme. Et les jeunes acteurs dénués de charisme qui en sont le centre achèvent de rendre le tout insipide. Tout en nous épargnant la pénibilité du second degré, le scénario manque vraiment d'humour et de grâce pour parvenir à en faire le grand spectacle épique promis. Et on se retrouve avec une suite d'épisodes initiatiques, laborieusement reliés par des scènes de parlottes avec méchants qui complotent, avec en fond sonore un score symphonique riche mais trop souvent passe-partout signé du fidèle James Newton Howard.

Le blockbuster estival est un échec commercial cinglant, un de plus pour le réalisateur qui enterre non seulement tout projet de suite, mais également son statut de wonderboy gagné lors du triomphe du Sixième sens (qui paraît déjà loin). The Last airbender rejoint ainsi la triste liste des films en plusieurs parties avortés suite au flop de leur premier volet : Battlefield Earth, Eragon, À la croisée des mondes, Mortal instruments, John Carter, Sublimes creatures...


DOSSIER M. NIGHT SHYAMALAN :
IV. Filmographie 2013-2015
V. Filmographie 2017-2019 (prochainement...)

19 février 2018

Le Cinéma de P.T. Anderson I. 1996-1998

Hard Eight, 1996
Premier long-métrage — inédit en France — d'un jeune prodige du cinéma américain âgé de 26 ans, réalisé avec le soutien du Sundance Institute. Anderson développe ici le point de départ de son précédent court-métrage, Cigarettes & coffee, déjà avec Philip Baker Hall, aboutissant à un film noir à la mélancolie sourde, situé dans un Vegas plein de couleurs qu'il nous montre un peu par la porte de service. Et puis soudain, des choses étranges arrivent, comme seule la vie est capable d'en produire, toujours surprenante et pas forcément signifiante. Le film nous emmène ainsi sans qu'on sache vraiment où, bifurquant brutalement au moment où on s'y attend le moins, et ce plusieurs fois.

Involontairement — il fut contraint de raccourcir — Anderson ose laisser dans sa narration des trous béants qui ne seront jamais comblés, et qui renforcent le mystère et le poids de ses personnages. Dans ce monde de casinos, de tristesse et de rêves d'argent facile, on n'est jamais à l'abri d'un coup du sort. Tout est possible et c'est magnifiquement montré, jamais cruel. L'émotion qui en sort au final est d'une belle intensité.

Comment décrire la véritable fascination que le cinéaste parvient à faire naître de ses images ? Les 10 premières minutes captivent d'emblée par cette pleine maîtrise d'un langage : cadres soigneusement composés, plans qui durent, emploi affirmé de la musique (Michael Penn et Jon Brion) et des effets sonores. En plus d'une écriture brillante et d'un vrai sens du portrait, l'évidente virtuosité de la mise en scène, en même temps qu'elle ravit l'œil, est comme un écrin de rêve pour les performances de ses acteurs. Et puis quel plaisir de voir déjà constituée une partie de cette troupe qu'on appréciera de retrouver par la suite : J.C. Reilly et Philip Baker Hall bien sûr, personnages vraiment sublimés. Mais aussi Philip Seymour Hoffman qui fait un numéro mémorable, et même Melora Walters qui apparaît le temps d'une très courte scène, et on ne sera guère étonné d'entendre la voix de Aimee Mann sur la chanson du générique de fin. Je retiens également une scène assez marquante qui réunit notamment Reilly, Baker Hall et Gwyneth Paltrow dans une chambre de motel, morceau de bravoure en temps réel pendant quasiment une bobine. Bref, Anderson fait preuve d'un appétit de cinéma qui me comble et permet au film de supporter les multiples visions. Une vraie réussite à (re)découvrir absolument.




Boogie nights, 1997
Un film-fleuve rempli à ras-bord mais pas fourre-tout pour autant. Le cinéaste parvient à s'emparer d'une sujet sulfureux sans verser dans le mauvais goût, le moralisme ou la caricature, quand bien même il aborde précisément tous ces aspects. Ça donne une fresque somptueuse et fiévreuse, en scope pêtant de couleurs et porté par une bande son à l'énergie purement scorsesienne. Mise en scène et montage imposent l'admiration tant tout est fluide. C'est un grand film qui n'en finit pas de dévoiler de nouvelles richesses à chaque visionnage, et dont j'adore tous les moments, y compris la période tragicomique lorsque Wahlberg et Reilly se font braqueurs amateurs.

Portrait d'une époque qui bascule dans une autre, film-choral, Boogie nights se présente aussi comme un réservoir d'acteurs ahurissant. Même dans des petits rôles, croiser Luis Guzman, Philip Seymour Hoffman ou William H. Macy suffit déjà à me mettre en joie. Le film a aussi redonné un beau rôle à un Burt Reynolds presque oublié, et en plus d'avoir révélé à mes yeux Julianne Moore a quand même fait démarrer la carrière cinématographique de Marky Mark sur un terrain franchement pas évident. J'aime d'ailleurs continuer à retrouver à l'occasion cet acteur dans des films d'auteurs (chez James Gray en particulier) alors qu'on a complètement perdu Heather Graham qui pour sa part avait tout de même démarré à Twin peaks. Tous les comédiens sont ici magnifiques, et malgré un temps de présence forcément réduit, leurs persos sont vraiment bien traités, avec bienveillance mais tout en assumant aussi la dimension parfois grotesque qu'implique le milieu dans lequel ils travaillent.




Across the universe, 1998
Un clip réalisé pour sa compagne d'alors, Fiona Apple, bien représentatif de cette première période où Anderson cultivait son goût pour la performance technique, comme c'était déjà le cas sur le clip en plan-séquence Try, précédemment tourné pour son compositeur Michael Penn. On y croisera une tête familière de son petit univers :


DOSSIER PT ANDERSON :

11 avril 2017

Saga La Planète des singes VIII. 2001

Planet of the apes (La Planète des singes), Tim Burton, 2001
Avec : Mark Wahlberg, Helena Bonham-Carter, Tim Roth, Michael Clarke-Duncan, Paul Giamatti, Kris Kristofferson, Estella Warren...


Le phénomène est devenu banal : régulièrement, les studios hollywoodiens n'hésitent pas à remettre au goût du jour des films qui furent en leur temps des succès. L'entreprise peut sembler blasphématoire lorsqu'il s'agit de toucher à des œuvres considérées depuis comme des classiques, mais aux États-unis le cinéma est une industrie et dans les affaires rien n'est sacré. Au début des années 1990, la 20th Century Fox envisage donc de produire un remake de Planet of the apes, l'un de ses titres phares qui n'a pourtant que peu subi les outrages du temps. 

Les décors et costumes plutôt épurés de la réalisation de Franklin J. Schaffner en font en effet un film qui n'apparaît pas particulièrement démodé, contrairement à tant de productions SF de cette période, au charme considéré aujourd'hui avec condescendance comme kitsch. Et surtout son propos philosophique, bien qu’en phase avec la conscience américaine de la fin des sixties, demeure universel...

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