2 octobre 2015

Jackie Chan forever

Project A (Le Marin des mers de Chine), Jackie Chan, 1983

Une comédie d'action spectaculaire située à Hong Kong au début du XXe siècle, pleine de rythme et d'invention. Les trois complices Yuen Biao, Sammo Hung et Jackie Chan sont réunis dans un récit particulièrement bien construit et d'une complexité plutôt bienvenue. Les personnages sont nombreux, ça circule entre différents genres. Jackie parvient à donner libre cours à son goût pour le pur burlesque, avec une bagarre de saloon mémorable, les situations vaudevillesques, qui culminent lorsque les héros infiltrent le repaire des pirates en jonglant avec les identités, sans oublier bien sûr des scènes de kung fu virtuose et puissant, et des cascades à couper le souffle dans des décors souvent très réussis. Et même si le film donne l'impression de ne jamais se prendre vraiment au sérieux, cela n'empêche pas l'affrontement final face au chef des pirates d'être impressionnant de brutalité et de rapidité. 


Bref, un spectacle hautement réjouissant, l'œuvre d'un  acrobate de génie, qui a su s'affranchir de l'héritage de Bruce Lee pour composer une identité sans pareille. Chan est ici particulièrement bien entouré. Sammo Hung est impayable de mesquinerie, Yuen Biao s'envole avec une grâce superbe, et lorsque tous combattent c'est un régal. On a même droit à un hommage à Harold Lloyd lorsque Jackie s'accroche aux aiguilles d'une horloge, pendu au-dessus du vide. Sauf que là, l'acteur lâche prise et on le voit faire une chute de plusieurs dizaines de mètres, passant à travers deux pauvres stores pour l'amortir, le tout filmé en un seul plan qui ne s'arrête pas de tourner lorsqu'il se relève et continue sa course avec ses amis qui l'attendaient en bas ! Le bêtisier en générique de fin montrera qu'avant de réussir cette prise il avait raté le deuxième store, s'écrasant au sol (on le voit alors se traîner en hurlant de douleur) ! Je ne sais pas si le public mérite ça mais en tous cas merci pour lui. 





Police story, Jackie Chan, 1986

On est vraiment au cœur de l'âge d'or du cinéma de Jackie Chan, avec ici des cascades et des bastons plus violentes que jamais. L'acteur-chorégraphe-réalisateur délaisse la kung fu comedy pour le polar d'action contemporain. Dès le début du film on assiste à la dévastation totale d'un bidonville par le passage de bagnoles en fuite, sur une pente dangereusement raide. Scène totalement ahurissante, qui place d'emblée la barre très haut. Par la suite on a droit à des scènes de pure comédie aussi idiotes que drôles, avec Jackie qui s'efforce de concilier vie de flic et vie privée entre Brigitte Lin et Maggie Cheung. Cette dernière, qui débute ici, ne fait certes pas d'étincelles mais assume très bien son rôle de  fiancée mimi, et son personnage sera mieux exploité dans les suites de la franchise.



Le récit bascule soudainement aux 3/4 du film, lorsque le héros, excédé et désespéré par le machiavélisme et l'impunité des méchants, pête soudain les plombs. L'humour de son personnage est alors éjecté au profit d'une impitoyable vendetta. La baston finale dans un gigantesque centre commercial est d'une rapidité et d'une violence époustouflante, un véritable ballet qui fait mal et laisse la mâchoire pendante. Les cascadeurs s'en prennent vraiment plein la tête et Jackie Chan confirme s'il en était encore besoin sa folie douce, lors d'un saut encore plus risqué que dans Project A, le long d'une rampe qui doit bien faire une trentaine de mêtres de haut et recouverte de guirlandes électriques. Saut qui s'achève avec la traversée d'une verrière ! Ici encore, la stupéfaction du spectateur est produite à la fois par l'intensité dramatique des situations et par les incroyables risques physiques pris par Chan et ses cascadeurs. Surtout que même si on devine certains trucages, la force des coups et le fait que certaines chorégraphies ne laissent aucun droit à l'erreur font bien se dresser les cheveux sur la tête. 





Drunken master II (Combats de maîtres), Liu Chia Liang+Jackie Chan, 1994

Véritable apothéose de la kung fu comedy qui enchaîne les morceaux de bravoure pour la plus grande jubilation du spectateur. Jackie Chan reprend le rôle de Wong Feihong plus ou moins là où il l'avait laissé dans l'excellent premier volet réalisé presque vingt ans plus tôt par Yuen Woo Ping, sauf qu'ici on a droit à un film esthétiquement bien plus luxueux qui va surpasser non seulement l'original, déjà anthologique dans son genre, mais même la plupart des productions équivalentes tellement les talents et l'inspiration ont été ici réunis pour le meilleur. Et malgré son âge, Jackie Chan demeure tout à fait crédible en garnement indiscipliné qui va pousser encore plus loin sa maîtrise de la boxe ivre lors de fascinantes démonstrations, au grand désespoir de ses parents. Casting de choc puisque le père est incarné par le sage Ti Lung, tandis qu'Anita Mui compose un personnage inénarrable de mère qui a érigé la mauvaise foi en art, et assure presque à elle seule les scènes vaudevillesques les plus drôles. Liu Chia Liang lui-même, prestigieux véteran de la Shaw brothers, joue le rôle du vieux maître. La présence d'Andy Lau est anecdotique, et j'ai été content de recroiser le très attachant et doué Chin Kar Lok, même s'il est trop rarement utilisé.



Les chorégraphies sont phénoménales. Virtuoses et d'une invention constante, elles ont en plus la bonne idée de durer longtemps et d'exploiter toutes les possibilités offertes par les décors qui n'hésitent pas à chercher la complexité. La plus spectaculaire est peut-être celle qui réinvente la bagarre d'auberge, où Jackie et Liu Chia Liang font face à des dizaines de sbires armés de haches. Au milieu du film, on a droit à l'inévitable séquence masochiste où Jackie subit la nouvelle humiliation de sa vie avant de gagner en maturité et de s'engager pour un ultime affrontement. Lors de ce dernier acte, le personnage possède une vraie classe, vêtu d'un costume traditionnel chinois (le même que celui de Jet Li dans les Il était une fois en Chine). Le climax, au cœur des flammes d'une mine de charbon, est une scène que je pourrais me passer inlassablement tellement ce qui s'y déroule dépasse l'entendement. Le jeu de jambe du boss de fin Ken Lo est juste incroyable. C'est pour moi à la fois le chef-d'œuvre de la star, et celui d'un genre.



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