30 octobre 2015

Ghost kung fu comedy

Survol des œuvres emblématiques de la ghost kung fu comedy, qui dans les années 80 associa au genre déjà balisé de la kung fu comedy des éléments fantastico-horrifiques inspirés du surnaturel chinois. Antérieur à cette vague, je me souviens du très mauvais L'Irrésistible (Lo Wei, 1978) où Jackie Chan s'associait à des esprits malins qu'il avait rendu visible par inadvertance en leur urinant dessus, usant ensuite de leurs pouvoirs pour vaincre son rival. Mais la formule fut réellement brevetée en 1981 par Sammo Hung avec le premier volet de L'Exorciste chinois. Elle repose en gros sur le même schéma : un moine taoïste et ses deux crétins de disciples affrontent des morts-vivants. On est cependant loin de la mythologie occidentale du vampire ou du zombie, telle que revitalisée notamment par George Romero et ses collègues. Aux gousses d'ail et autres crucifix répondent ici le riz gluant et les prières écrites sur des bouts de papier. 

Les films sont en général très décousus et pas très ambitieux artistiquement, mais le genre connaîtra un vrai succès commercial pendant une décennie, avant d'évoluer vers la veine plus romantique des Histoires de fantômes chinois produits par Tsui Hark, ou du Jiang Hu de Ronny Yu. Dans les films de ghost kung fu comedy, l'ambiance est au burlesque et à la rigolade. Le spectacle est en général très distrayant et surtout on prend beaucoup de plaisir à voir de film en film la récurrence de leurs thématiques et la continuité d'un véritable artisanat. On assiste en effet aux prouesses de vrais talents martiaux, chaque affrontement méritant d'être regardé avec beaucoup d'attention, la souplesse et la rapidité de certains mouvements pouvant parfois passer inaperçue tant ils sont exécutés avec brio. 




Encounters of the spooky kind (L'Exorciste chinois), Sammo Hung, 1981
Un scenario bidon, une narration un peu branque dont la brutalité des transitions me fait me demander si le film n'a pas subi quelques coupes franches. En dehors de ça, le spectacle est follement divertissant, avec quelques excès burlesques irrésistibles (le zombie qui répète tous les gestes de Sammo). Le rythme est très soutenu et les chorégraphies sont d'une grâce constante, dans des combats habilement répartis au long du métrage. 

De tous les films dont je parle ici, c'est le seul tourné en scope. La mise en scène très soignée participe beaucoup au plaisir pris au visionnage. La scène du réveil du premier gyonshi, cet espèce de vampire qui saute à pieds joints, est en particulier un superbe morceau de cinéma. Le final est tout aussi anthologique, avec son duel de sorciers sur échafaudages, véritable feu d'artifice d'action à la fois acrobatique et pyrotechnique. On se désolera cependant de la mysogine totalement assumée du film. Il a beau être le moteur du récit, le personnage féminin est méchamment déconsidéré et présenté comme la cause des malheurs du pauvre Sammo.




Mr. Vampire, Ricky Lau, 1985
Mélange détonnant d'ambiances contradictoires où l'on nous demande tantôt d'être horrifiés tantôt de rire. Sur le plan de la comédie, le film est très efficace, le comique reposant en grande partie sur la bouffonnerie des deux disciples particulièrement idiots et maladroits. On se régale tout autant de la variété des menaces, tout comme de l'excellente de l'interprétation. 

Avec ce film, Lam Ching-Ying devient instantanément LE héros du genre, et l'acteur impose son élégance de jeu ainsi que sa grâce martiale. La déception est cependant de mise lors du climax : le combat final contre le zombie, qui est censé être l'ennemi le plus sérieux, ne sera pas le plus spectaculaire. Le film est d'ailleurs relativement avare en scènes de kung fu, les vampires étant plutôt rigides dans leurs déplacements. Pour ma part, le meilleur du film est dans la scène d'ouverture, qui synthétise le mieux l'alliance de comédie, d'horreur et de kung-fu. 




Mr. Vampire 2 (Le Retour de Mr. Vampire), Ricky Lau, 1986
C'est le film que les amateurs du genre préfèrent oublier, à juste titre. Cette suite opportuniste est plombée par un scénario qu'on croirait écrit par un gamin de dix ans... pour des spectateurs du même âge. L'intrigue se voit brutalement projetée à l'époque moderne. Le résultat est un manque total d'ambition, qui rend le spectacle franchement pénible. Le plus agaçant étant certainement la façon dont sont utilisés les mômes dans tout ce qui concerne l'enfant-vampire (pompage évident de E.T.). La mise en scène est sans éclats, ponctuée de gags navrants et d'une musique au synthé parfaitement indigeste, et qu'on croirait presque (mal) improvisée.

Ce deuxième volet de la franchise ne compense même pas cette triste donne par ses scènes de kung fu, pratiquement aux abonnés absents, ce qui est d'autant plus consternant que le casting bénéficie de la présence du grand Yuen Biao, dont le personnage dégage une vraie sympathie mais qui ne voit quasiment pas exploitées ses capacités martiales. 




Mr. Vampire III (Mr. Vampire et les démons de l'enfer), Ricky Lau, 1987
Retour avisé aux fondamentaux. On sent qu'un effort est fait dans la première partie pour mettre en place une véritable intrigue, riche en péripéties, quiproquos et gags burlesques vraiment tordants. Puis cette préoccupation semble disparaitre complètement pour laisser libre cours aux affrontements, un peu au détriment des personnages et de l'environnement. Billy Lau et ses lunettes triple foyer est en roue libre pour notre plus grande joie, et l'on notera l'apparition clin d'œil de Sammo Hung.

Ce manque d'enjeux amoindrit par conséquent quelque peu l'intérêt du spectateur pour ce qui se passe à l'écran, d'autant qu'il n'est pas vraiment aidé par une photographie sans saveurs. En effet, à l'exception de deux ou trois scènes, tous les éclairages sont plein phares, sans nuances, ne créant aucune dramatisation. Nulle frayeur, ni suspense. Mais niveau action, on est comblé, et on finira par pardonner ce manque de rigueur narrative et artistique. Ici magie et kung fu sont plus liés que jamais, et les combats câblés sont aussi nombreux qu'éblouissants, notamment celui du début dans la forêt.  




Mr. Vampire saga 4 (La Fin de Mr. Vampire), Ricky Lau, 1988
L'intrigue est encore plus amincie, ce qui n'est pas peu dire, et se retrouve brutalement scindée en deux parties aux atmosphères complètement différentes. La première décrit une cocasse guerre de voisins entre deux moines, le taoïste Anthony Chan et le bouddhiste Wu Ma, qui rivalisent de duels de baguettes et autres envoûtements, tandis que leurs deux disciples, la plus que charmante Rachel Lee et le phénoménal Chin Kar Lok, fricotent gentiment. Puis c'est l'irruption brutale des vampires et zombies — dont un gay (Yuen Wah qui ne cherche pas la subtilité — qui investissent leurs maisons et déclenchent une bonne heure de baston et cascades non-stop, toujours mêlées à des gags assez réjouissants dont certains ne craignant pas de virer au cartoon, à base de bâtons de dynamite. 

Si Lam Ching-Ying n'est plus de la partie, c'est l'agilité de Chin Kar Lok qui marque le plus la rétine. Cet opus se distingue également par une mise en scène éblouissante de fluidité et une photographie enfin en accord avec l'atmosphère lugubre du récit. Le résultat est donc consternant de paresse scénaristique mais particulièrement distrayant. Même la musique orchestrée comme toujours au bontempi est d'une cheaperie qui force la sympathie.




Encounters of the spooky kind 2 (L'Exorciste chinois 2), Sammo Hung & Ricky Lau, 1989
On peut vraiment sans aucune hésitation considérer ce titre comme un Mr. Vampire 5, tant la formule ne varie pas d'un iota. Lam Ching-ying reprend son rôle d'Oncle Neuf, le sifu taoïste. Le retrouver de film en film est comme un clin d'œil adressé au spectateur. Ce n'est pas exactement le même personnage, tout en étant quand même le même rôle. Et son charisme reste intact. Le personnage est une nouvelle fois condamné à être accompagné de deux disciples peu fûtés : Meng Hoi (génial) et Sammo. En ce qui concerne les personnages, ça n'a strictement plus aucun lien avec L'Exorciste chinois premier du nom. On appréciera d'ailleurs la différence de traitement du sifu qui apparaît ici mesquin, borné et assez fourbe avec ses disciples. Plus humain, dira-t-on. L'aspect comédie est très réussi et on s'esclaffe souvent de bon cœur. 

La musique est encore une fois désolante d'inintérêt, mais le découpage des scènes d'action est magistral. On atteint ici un sommet d'inventivité dans les affrontements puisque tous les monstres du genre y passent, comme conviés à une ultime rétrospective : momies, zombies pourrissants, gyonshis, possédés, fantômes, moines pratiquant la magie noire, etc. Les effets spéciaux très bricolés participent au charme du spectacle. Du coup, le scénario part encore dans tous les sens et une des fins les plus abusivement éjectées qu'il m'ait été donné de voir, laissant évidemment plein d'éléments narratifs non résolus.


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