22 février 2017

Le Palais de la découverte, l'art de la science (1/2)

Palais de la découverte, avenue Franklin Roosevelt, 75008 Paris


Fondation
Pour retracer l’histoire de la conception du Palais qui nous occupe, il nous faut nous attarder sur celle du Grand Palais qui l’abrite. C’est sa première originalité. En France, une architecture dite "beaux-arts" se développe dans les dernières années du XIXe siècle, prenant le palais pour modèle. Les édifices se doivent d’être imposants. Ils célèbrent le triomphe d’un État moderne, d’une glorieuse puissance coloniale. À Paris, tous les onze ans, l’exposition universelle rend compte de l’avancée des techniques et des arts. Paris s’offre de nouveaux monuments (Palais de l’industrie en 1855, Trocadéro en 1878, Tour Eiffel en 1889). Pour l'exposition de 1900, il s’agira de se doter d’un palais des Beaux-arts qui en imposerait architecturalement. « Les progrès réalisés, ceux qui s’achèvent sous nos yeux, permettent d’entrevoir un spectacle dépassant encore par sa splendeur celui qu’il nous a été donné d’admirer. Quelle qu’ait été la magnificence des expositions précédentes, elles sont inévitablement éclipsées par les expositions nouvelles qui jalonnent la voie ouverte par l’humanité et résument ses conquêtes successives », déclarait le Ministre du commerce en 1892.


Se pose alors la question de l’emplacement. Les espaces du Champ de Mars, de la colline de Chaillot, de même que l’esplanade des Invalides sont occupés. La municipalité envisage de reprendre le périmètre de 1889, complété d’une annexe au Bois de Vincennes. La commission préparatoire de l’exposition vote finalement à l’unanimité pour celui de 1855. Là, se situe toujours le Palais de l’industrie, entre le rond-point des Champs Élysées et la Seine, lieu de fêtes et des manœuvres de la Garde nationale. En 1893 a été lancé le chantier de la gare souterraine des Invalides et du pont Alexandre III. C’est l’occasion de redonner un peu de mesure au lieu. Le massif Palais de l’industrie, dont l’architecture est critiquée, sera détruit. L’architecte Hénard estime qu’il « masque complètement l’esplanade des Invalides et coupe la surface des jardins des Champs Élysées en plusieurs tronçons isolés. » Le nouveau Palais sera donc disposé selon ce nouvel axe, ses deux façades plein Est et plein Ouest ne s’ouvrant ni sur la Seine, ni sur les Champs Élysées. Des jardins et diverses plantations tout autour font en sorte de rendre moins intimidantes ses dimensions.

Construit de 1897 à 1900 sous la direction de J. Bouvard, directeur des services d’architecture de l’exposition, de Charles Girault, architecte en chef, et des architectes Henri Deglaine, Albert Thomas et Albert Louvet, le Grand Palais des Champs Élysées, dit des Beaux-Arts, est inauguré le 1er mai 1900 par Émile Loubert président de la République. De l’autre côté de la nouvelle avenue Alexandre III (aujourd’hui avenue W. Churchill), s’installe le Petit Palais, construit dans un style plus baroque, mélange de Renaissance italienne et de XVIIIe siècle. Les monuments étant conçus pour durer, passée l'exposition l’État offrira le Petit Palais à la ville de Paris, propriétaire du terrain. Et c’est sous le nom de Musée municipal des Beaux-Arts que le bâtiment rouvre dès 1902. Musée du XIXe, les collections du Petit Palais souffrent aujourd’hui de la comparaison avec le musée national d’Orsay.



Le Grand Palais dispose, lui, d’un large espace couvert d’une verrière — la grande nef — entouré de galeries d’expositions sur deux niveaux. En tout 25 000 m2. Sans réel projet à long terme, le lieu se contentera d’abriter des manifestations aussi diverses que des concours hippiques ou agricoles, des ballets, congrès, cirques, salons de l’automobile, de l’aviation, de la T.S.F., expositions coloniales, quand il ne servira pas d'hôpital militaire. Le gigantisme de l’édifice donne encore aujourd’hui l’impression de plusieurs bâtiments autonomes.





Description
L’ouvrage mêle matériaux nouveaux comme le béton armé (brevet Hennebique 1892), et techniques traditionnelles du XIXe : pierre de taille pour la façade, meulières, mœllons (une partie venant des ruines du Palais de l’industrie), briques, charpentes métalliques et verrière pour la grande nef, dans un style proche des gares ou des palais d’exposition provisoires du Champ de Mars de 1889. 

De nombreux décors viennent habiller les façades Est (Grand Palais) et Ouest (Palais de la découverte). Elles se distinguent par la présence de deux niveaux de balcons et une disposition de colonnes ioniques par paires (sur les faces Nord et côté Seine, les colonnes sont engagées). Une frise polychrome dessinée par Thomas et sculptée en grès cérame montre un défilé de chars symbolisant le progrès de l’humanité. La décoration de l’entrée, solennelle, du Palais de la découverte donne un aperçu des intentions des artistes ayant répondu aux architectes, intentions valables pour l’ensemble de l’édifice :

Encadrant la porte, deux statues équestres en bronze nous surplombent : La Science en marche en dépit de l’ignorance, de Victor Peter, et L’Inspiration guidée par la sagesse, de Falguière. Sur leurs bases respectives, deux médaillons de Daniel-Dupuis représentent La Peinture et La Sculpture. Deux lions chevauchés par des chérubins et exécutés par Germain bordent le perron. La muse de L’Art, sculptée par Barrias, veille sous la voûte au-dessus de la porte. Sur chacune des quatre doubles colonnes, quatre groupes de statues : La Poésie et la musique (Larche), L’Histoire et la peinture (Thomas), L’Architecture et la science (Cordier), La Sculpture et la gravure (Blanchard). Sur l’acrotère se tenait une fonte de Tony Noël représentant Apollon, trois muses et un lion. Fragilisée par la rouille, l’œuvre fut détruite en 1934. Sur le frontispice, cet épigramme de Victor Sardon, dramaturge oublié : « Ce monument a été consacré par la République à la gloire de l’Art français. » Ces allégories pleines d’assurance pompière ne dépareilleront point lorsqu’il sera temps pour elles d’encadrer l’entrée de ce qui deviendra Palais de la découverte.






Redéfinition
L’idée d’un musée des sciences est pensée dès 1932 par l’éminent Jean Perrin — prix Nobel de physique 1926, spécialiste de l’atome, fondateur du CNRS, créateur du Département chimie-physique à la Sorbonne et sous-secrétaire d’État à la recherche scientifique du Front Populaire. Secondé par le physicien Paul Langevin, proche du Parti communiste, et conseillé par André Léveillé, vice-président de la Confédération des Travailleurs intellectuels et futur premier directeur du Palais de la découverte, Perrin intègre le comité d’organisation de l’Exposition internationale des Arts et des techniques dans la vie moderne de 1937. Son intention est de faire comprendre que « nous ne pouvons espérer rien de vraiment nouveau, rien qui change la destinée, que par la recherche et la découverte. » Pour lui, le Palais qui se prépare se doit d’être  « mieux qu’un musée. » 

Depuis les cabinets de curiosité du XVIIIe siècle, recherche et relations publiques sont restées à distance. Le Muséum national d’Histoire naturelle était le seul modèle de musée scientifique. Avec le Palais de la découverte, le musée devient lieu d’expériences. Le professeur Hamburger, qui participa à l’élaboration de ce nouvel objet, résumait ainsi le projet : « Il ne s’agissait pas de présenter objets et souvenirs de l’histoire de la science, il s’agissait de montrer la science en train de se faire, d’ouvrir au public des laboratoires en activité, de faire participer le public aux démonstrations, à la naissance de la découverte : c’était vraiment, dans l’histoire des musées, une révolution. » Tout, dans l’aménagement de l’espace et des installations, doit participer d’une sorte d’esthétique relationnelle avant l’heure.




Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme
Depuis 1900, la ville a changé. En 1937, il n’est plus question de bouleverser tout un quartier. Le Trocadéro finit d’être exploité en accueillant les Musées de l’Homme, d’Art moderne, et de la Marine. Profitant de l’importante superficie des salles inutilisées du Grand Palais, le Palais de la découverte s’installe dans l’aile Ouest, et dispose en outre d’une annexe avenue de Selve (abandonnée en 1942 par mesure de sécurité). Un minimum de travaux est nécessaire. L’architecte Germain Debré est chargé par un comité de scientifiques de décorer le Palais dans un style géométrique. Moulures et ferronneries disparaissent sous le contreplaqué. Les passages intérieurs vers le Grand Palais sont condamnés afin de constituer deux entités distinctes. L’entrée principale est déportée sur la façade postérieure à l’Ouest, avenue Victor-Emmanuel III (ex-avenue d’Antin, rebaptisée encore plus tard avenue Franklin D. Roosevelt). Elle est elle-même modernisée. 

On passe commande à des personnalités comme Marcel Gromaire, Jean Lurçat, André Lhote, Jacques Lipchitz. Fernand Léger peint la grande fresque installée dans un escalier, Le Transport des forces, ode à la science, au progrès et à l’effort humain d’inspiration clairement socialiste. Le 24 mai 1937, le Palais de la découverte est inauguré par le président de la République Albert Lebrun. Une publicité annonce 400 expériences en fonctionnement, 50 laboratoires, 1 500 kilowatts et 11 tonnes de tuyaux. La presse se fera l’écho de ce nouveau concept d’exposition. Le public est au rendez-vous.


En 1939, un déménagement est envisagé au Conservatoire national des Arts et Métiers. Car comme l’écrit Jacques Kayser, vice-président du Parti radical, « le Grand Palais se prête mal à l’exposition scientifique. » Perrin ne doute pas du transfert : « Le Parlement, la Ville de Paris et les pouvoirs publics semblent bien disposés ; nous aurons sans doute sans trop de peine le local et les crédits nécessaires pour réaliser à Paris le Louvre de la Science. » Mais le Palais de la découverte ne rendra jamais sa liberté au Grand Palais. La guerre interrompt les travaux confiés à l’architecte en chef du Conservatoire André Granet. En mai 1940, la verrière est endommagée par des éclats d’obus. En novembre, les Allemands parquent mille camions militaires dans la nef. En mai 1941, l’intérieur du Palais est transformé pour l’exposition pétainiste La France européenne. Les cloisons de bois qui servaient depuis 1900 pour les Salons sont retirées. L’accrochage s’inspire des méthodes pédagogiques du Palais de la découverte (dioramas, tableaux animés, maquettes).

À la Libération de Paris, le 23 août 44, les affrontements déclenchent un incendie dans le Grand Palais. Les premières années de l’après-guerre voient l’édifice vite reprendre son activité de parc d’expositions (Salons des arts ménagers, exposition Techniques américaines). La cohabitation avec le Palais de la découverte s’envenime. André Léveillé tentera même d’annexer la partie intermédiaire. Progressivement, le Palais devient une institution. On commence à remettre à jour ses moulures et ferronneries d’époque. Les verrières ne se cachent plus. Le goût de l’ancien revient en force. En 1979, le planétarium, installé dans le hall d’entrée depuis 1952, déménage dans la coupole Sud. En 1992, J.-L. Roubert, conservateur en chef du Grand Palais, dirige de nouveaux travaux, qui consistent à rendre au “Palais d’Antin” ses qualités essentielles : « symétrie, lumière et transparence... »




Deuxième partie de l'article ici...

3 commentaires:

Magali a dit…

Le tableau "Transport des forces" que vous présentez, n'est pas celui qui était jusqu'à l'an dernier au Palais de la découverte

Élias FARÈS a dit…

Bonjour Magali. Ah oui ? Voulez-vous dire qu'il a déménagé, été remplacé ou qu'il existe d'autres versions ? Si vous avez des infos plus précises là-dessus, ça m'intéresse.

E.

Michel Didier a dit…

en effet, c'est la maquette. A Biot.