6 février 2017

Neil Gaiman : 4 œuvres

De bons présages (avec Terry Pratchett), 1990
Sur la foi de cette association entre le fabuleusement imaginatif Neil Gaiman et son compatriote Terry Pratchett, je m'attendais à quelque chose de plus ouvertement hilarant. En l'état, ça reste un roman très amusant, ce qui est plus que pas mal. Bien qu'intrigué depuis longtemps par la réputation des Annales du Disque-monde, je n'ai à ce jour toujours rien lu de Pratchett, et je ne sais pas du tout comment l'écriture à quatre mains s'est effectuée ici. Pour sa part, la patte de Gaiman se ressent bien, notamment dans sa relecture de toute une cosmogonie. 

On sent que cette histoire d'une apocalypse qui part d'entrée de jeu sur des bases foireuses, n'est qu'un prétexte pour balancer du gag et de la loufoquerie, avec l'espoir que le lecteur s'amusera autant que les auteurs. Et pourtant, un peu de place est faite pour que surgisse à l'occasion une discrète émotion. J'ai presque regretté que les auteurs n'y cèdent pas davantage, ça aurait donné plus de poids à ce qui se contente donc d'être un agréable divertissement.




Mr. Punch (dessin : Dave McKean), 1995
Ou plus exactement : La comédie tragique ou la tragédie comique de Mr. Punch. Voilà le titre complet de cet ouvrage fantastique paru en 1995, fruit de la collaboration privilégiée entre Gaiman et l'artiste touche-à-tout Dave McKean. Quelques années avant qu'ils prolongent leur travail au cinéma avec le très beau Mirrormask, les deux compatriotes et amis de longue date se proposaient déjà de plier leur univers thématique et visuel au monde de l'enfance. Bien que le protagoniste soit un jeune garçon, il ne s'agit pas pour autant d'un livre jeunesse. Le héros va être amené à quitter peu à peu le monde rassurant de l'enfance en étant confronté aux étranges tourments des adultes, avec brutalité. 

« La détresse des adultes détruit les enfants, ou bien les force à devenir à leur tour de grandes personnes avant l'heure. » Ce passage sera notamment transfiguré par l'intermédiaire de ce spectacle de marionnettes propre au folklore anglais, Punch & Judy, qui se voit ici porteur d'une poésie nouvelle, révélant le caractère profondément violent et macabre de ces bouts de chiffons et de leurs jeux cruels qui réclament l'assentiment de l'assistance. Derrière la toile du chapiteau qui les abrite, de terrifiants secrets de famille se feront jour. On sent que Gaiman a puisé dans ses propres souvenirs et ceux de sa famille pour tisser son fascinant récit. McKean, talent graphique absolument unique et immédiatement identifiable, parvient ici à de nouvelles prouesses. Le personnage de Mr. Punch étant une marionnette, le graphiste y trouve le prétexte idéal pour fabriquer une créature en volume, qu'il intègre ensuite à l'aide de photographies et de collages à son découpage de bande dessinée. Le résultat est visuellement splendide, parfaitement lisible, étonnant de noirceur et de justesse. Indubitablement personnel, l'ouvrage qui plus est, est vraiment beau.




American Gods, 2001
Si vous considérez vous aussi que Sandman est un chef-d’œuvre dont chaque nouvelle lecture vous laisse émerveillé, ébloui devant tant de réussite et de talent, vous aimerez sûrement American Gods. Lauréat du prestigieux prix Hugo à sa publication, ce roman touffu mélange la grande et la petite histoire. Pour faire court, il y est question d’un ex-taulard nommé Ombre, costaud mais taciturne, qui après avoir tout perdu est engagé par un mystérieux bonhomme qui semble s’y connaître un peu trop en magie et qui répond au nom de Voyageur. Dès lors, son épopée (car il s’agit bien de ça) va lui faire traverser quelques coins insolites du territoire américain, dont Gaiman assure l’authenticité dans sa postface. Et c’est tout un univers mythologique oublié — nordique de préférence — qui va lui être révélé, en lutte contre les nouveaux dieux du monde moderne (soit le dieu de la télévision, le dieu des autoroutes de l’information, le dieu du centre commercial, entre autres). Combat qui demeurera insoupçonné pour le commun des mortels. 

C’est évidemment le passé de l’Amérique qui est invoqué ici, depuis les Vikings (qui découvrirent le nouveau monde bien avant Colomb), jusqu’à la perte contemporaine du sentiment du sacré, en passant par la confrontation des premiers pionniers avec les religions indiennes. Imbriqué dans le réalisme le plus trivial, le fantastique s'y exprime de façon tangible. L’auteur prend le temps de planter décors et personnages, de les faire vivre, respirer. C’est plein d’humour, de poésie, de mysticisme. De cruauté aussi. C’est, avant tout, formidablement captivant.




Stardust (réalisé par Matthew Vaughn), 2007
Distribué sans grand bruit à l'époque dans une poignée de salles, je me souvient avoir été le voir simplement curieux de découvrir l'adaptation d'un conte de Gaiman, et en être sorti gonflé d'euphorie. J'ignore les éventuelles modifications subies par le roman dont il s'inspire apparemment plutôt librement, mais cela aboutit à un film particulièrement brillant. Dès la scène d'ouverture, la caméra de Vaughn s'amuse à filer à toute blinde d'un endroit à l'autre, reliant l'infiniment grand à l'infiniment petit et imprimant à sa narration un rythme haletant, pour ne pas dire expéditif. Cela peut être déstabilisant mais cela facilite en réalité l'immersion du spectateur, poussé d'emblée à accepter la folie de l'univers proposé, et à embarquer dans un ailleurs follement dépaysant et visuellement splendide, qu'il s'agisse des paysages ou des décors très expressionnistes

Sans jamais verser dans la bouffonnerie, le film est plein de drôlerie et d'irrévérence. Thématiquement, Stardust livre un message assez classique mais qui a parfaitement sa place dans ce registre de conte de fée, prenant d'autant plus de valeur que l'ensemble du projet ne m'a semblé faire preuve d'aucun mauvais goût, pas plus que de cynisme de petit malin. Et l'aventure n'en devient que plus pétillante. Les effets spéciaux sont vraiment réussis, donnant lieu à des séquences toutes plus fascinantes les unes que les autres, belles et poétiques. J'ai notamment adoré le concept des frères fantômes, parmi lesquels Rupert Everett qu'il est toujours agréable de croiser. Et quand la musique grandiose d'Ilan Eshkeri s'y ajoute, on est pas loin du frisson (le crash de l'étoile, la construction de l'auberge, la poupée vaudou). En dehors de la mère, j'ai trouvé tous les acteurs excellents. Charlie Cox propose une évolution convaincante au héros qu'il incarne, lui faisant gagner une belle maturité au fil de l'aventure. De Niro s'amuse comme un fou et nous avec, de même que Michelle Pfeiffer dans un rôle plutôt osé et qu'elle assume avec grand brio.

2 commentaires:

newstrum a dit…

Hello Elias, sympa American Gods effectivement, mais de Neil Gaiman, ce que j'ai préféré c'est Neverwhere.
Strum

Élias FARÈS a dit…

Pas lu celui-là. D'ailleurs, il faut que je revienne à Sandman dont je suis loin d'avoir tout lu et qui a été joliment réédité.

E.