20 juillet 2015

Le Jukebox du lundi : XTC

Respectés par leurs pairs, les Anglais de XTC, et à leur tête l'énervé Andy Partridge et le délicat Colin Moulding, ont eu une influence considérable sur une quantité de groupes pop dès la fin des années 80. Davantage encore que Blur, leurs plus légitimes enfants furent et restent encore à mes oreilles, The Boo Radleys. Chez nous, L'Affaire Louis'trio une fois revenue de sa Chic planète s'est progressivement laissée aller à assumer également cet héritage, allant jusqu'à faire appel à Colin Moulding en personne pour parfaire certaines de leurs pépites pop. Et Outre-atlantique ça ne m'étonnerait pas que Kevin Barnes s'en revendique pour ses compos d'Of Montreal. Si vous aimez ceux-là, vous ne pouvez qu'aimer leurs modèles. Pour le reste, je ne peux que renvoyer à l'excellent article amoureusement écrit par Philippe Auclair dans l'indispensable Dictionnaire du rock chez Robert Laffont. L'historique du groupe y est précisément décrite, de sa constitution aux conditions de production de chaque album. 

Je tenais juste à établir ici une liste de mes morceaux préférés, si ça peut servir de guide à ceux qui voudraient en savoir plus. Si vous appréciez la pop anglaise aux arrangements tarabiscotés, exécutée par des musiciens virtuoses aux multiples inspirations, il ne faut pas hésiter à y plonger. Ce qui est  très appréciable chez eux c'est que leur talent ne s'est pas tari avec le temps, et que même leurs ultimes disques sont réussis. N'importe lequel des morceaux que je liste ici peut me combler de bonheur dans la seconde, squattant alors ma tête pour un moment, et il m'est particulièrement cruel d'en limiter le choix proposé à l'écoute.



White music (1978)
Marqué par le punk de l'époque, tel que pouvait le pratiquer Talking heads en particulier, ce premier album témoigne d'une énergie brute, au service d'une vraie volonté de fabriquer des titres pop, énergiques et dansants.
- This is pop  (le parfum de l'évidence)
- Statue of liberty  (sorte de rock n'roll fifties en mode punk très amusant)
- Science friction








Go 2 (1979)
Album que je ne connais pas, considéré comme le moins bon, mais dont la méta-pochette vaut le détour (clique pour agrandir).










Drums and wires (1979)
Premier chef-d'œuvre, formidablement homogène et dont je ne me suis toujours pas lassé. On est ici toujours dans cette première veine très punk : production sèche et agressive, interprétation pleine de tension. Mais avec une science de la composition qui plane soudain bien au-dessus des attentes du genre.
- Making plans for Nigel  (leur titre le plus connu)
- Day in, day out  (imparable)
- Limelight  (ou ce qu'auraient donné The Beach boys s'ils avaient été punks)
- Complicated game  (réjouissant d'impolitesse)





Black sea (1980)
Avec cet album, XTC suit un de ses modèles, The Beatles : le groupe cesse la scène et va désormais fignoler ses œuvres savamment en studio. Qui dit nouvelles méthodes de production dit nouveau son, et dès Respectable street le premier titre on comprend qu'on est en train de basculer dans autre chose. L'instrumentation s'est considérablement enrichie, c'est peu de le dire, et la mutation est passionnante.
- General and majors  
- Love at first sight
- No language in our lungs
- Burning with optimistic flames





English settlement (1982)
Surprenant cocktail que ce double album, proposant une variété d'écriture qui est un vrai régal pour l'auditeur. XTC nous propose désormais à chaque nouvel album un véritable voyage, chaque morceau se présentant en quelque sorte comme une redéfinition de leur art, avec une production qui déborde d'idées. Chaque chanson devient un petit opéra en plusieurs mouvements, s'ouvrant selon les besoins à d'autres instruments plus ou moins identifiés, et faisant toujours la part belle aux harmonies vocales. Qu'on est loin de l'inspiration des débuts, le groupe est désormais bien plus proche d'un Burt Bacharach que d'un David Byrne, et parvient même à dépasser les ambitions que rêvait pour lui-même Brian Wilson. Le charme n'opére pourtant pas forcément à la première écoute, mais ça mérite qu'on y rejette ses oreilles attentives.
- Senses working overtime  (petit chef-d'œuvre)
- Fly on the wall  (où XTC surprend avec des sonorités inédites)
- Snowman





Mummer (1982)
- Love on a farmboy's wages
- Great fire
- Wonderland










The Big express (1984)
- Wake up   (qui aurait pu rendre jaloux Peter Gabriel)
- Seagull screaming kiss her kiss her  (indéfinissable)
- This world over
- You're the wish you are I had  (et son refrain très "beatles")











Skylarking (1986)
- The Meeting place  (à la fois chanson et cabinet de curiosité, riche de passionnantes trouvailles sonores)
- Dear god  (vraie perle qui mêle force et fragilité, et qui fut même dans un premier temps écartée de l'album tant il est vrai que son apparente simplicité détonne)







Oranges & lemons (1988)
- The Mayor of Simpleton  (super efficace)
- Merely a man  (et ses réjouissantes trompettes altières)




Nonsuch (1991)
Peut-être leur plus beau disque. Encore un double album bien rempli, contenant son lot de morceaux tantôt follement entraînants, tantôt joliment mélancoliques qui témoignent d'une inspiration et d'une ambition qui impressionnent. On passe d'une atmosphère à l'autre et on tirera évidemment encore plus de plaisir si on accorde au disque une écoute attentive. Tout est bon, difficile de privilégier un sommet plus qu'un autre, mais on pourra si on veut en retenir :
- The Disappointed  (tube absolu)
- Bungalow  (tout simplement sublime, un titre inclassable, mystérieux et majestueux à la fois)
- Books are burning  (parfaite conclusion à l'album)







Apple venus volume one (1998)
Nonsuch représentait un aboutissement. Cet album a beau être tardif, ce n'est pas pour autant qu'il est le signe d'un appauvrissement puisque XTC propose à nouveau ici un disque miraculeux, une véritable merveille, étonnamment aboutie, pour un album que j'ai toujours trouvé insuffisamment célébré tant les morceaux sont là encore incroyablement ciselés. Il est vrai que le groupe est alors brutalement épuré de ses membres, seuls Partridge et Moulding se disputent encore le gâteau, définitivement lâchés par un label qui ne les a jamais jugés suffisamment rentables.
- River of orchids
- I'd like that  (fabuleux d'imprévisibilité et de richesses harmoniques)
- Easter theatre  (pareil)
- Frivolous tonight  (irresistible)
- Your dictionnary





Wasp star - Apple venus volume two (2000)
Plus rock et détendu que le précédent, c'est vraiment là leur chant du cygne, les musiciens ayant plus ou moins cessé de s'entendre. Pourtant la morosité n'est pas de mise. Les compositions sont toujours aussi soignées mais sonnent ici avec une production plus simple, plus immédiate, quasiment live. C'en est même émouvant de finir sa discographie sur un disque à ce point empli de fraîcheur.
- Playground  (témoignage d'une jeunesse éternelle)
- My Brown Guitar 

1 commentaire:

laurent gély a dit…

Merci pour cette belle découverte...