29 juin 2015

Le Jukebox du lundi : Sonic youth

Que je parle de littérature, de cinéma, d'art ou de musique, je ne peux construire mes critiques qu'en y mettant un peu de ma personne. Je ne partage évidemment que ce qui me touche, et cela implique souvent que j'en vienne à raconter un peu ma petite vie. Si j'évoque aujourd'hui Sonic youth, c'est donc aussi parce que ça a été un groupe fondamental dans mon parcours musical, quand ado j'ai commencé à basculer du hard rock au rock dit indépendant (et c'est le punk qui servit de trait d'union). La musique du quatuor newyorkais m'a ainsi longtemps accompagné, devenant même l'influence primordiale de mon rock band du lycée (on s'était alors baptisé Screaming Skull du nom d'un de leurs morceaux). Je vénérais la liberté de leurs improvisations et leur furie bruitiste. Je savourais le jeu subtil du batteur Steve Shelley — un modèle pour moi — de même que les compositions précieuses et brillantes de Lee Ranaldo, le chant fragile (pour ne pas dire faux) de Kim Gordon. Je les ai vu deux fois en live au Zénith de Paris (accompagnés une première fois de Beck en solo, puis des Dinosaur Jr reformés). On peut en plus avoir avec à eux une première approche de l'art contemporain grâce à leurs pochettes signées Gerhard Richter, Raymond Petibon, Mike Kelley, ou William Burroughs


Sonic youth (1982)
Ce tout premier E.P. qui fut à sa sortie totalement confidentiel, contient un titre qui fut une vraie claque pour moi : I dreamed I dream incarne encore aujourd'hui le type de morceau qui me fait vibrer. Sobre, évolutif et finalement trippant. Le genre de composition que j'avais envie de jouer. Et c'est une vraie chanson, où voix, paroles et musique fusionnent idéalement et véhiculent sens et émotion. 




Confusion is sex (1983)
Intéressant à titre documentaire, ce disque reste fondateur tant l'esthétique du groupe est déjà là, ce goût de l'expérimentation si peu grand public, bien aidé il faut le reconnaître par  une production artisanale qui peut le rendre pénible à l'écoute (tout comme les enregistrements live de cette première décennie).

Bad moon rising (1985)
Une ambiance très forte de no future, soit un disque très punk, assez agressif, surtout mémorable grâce à la participation enfiévrée de Lydia Lunch sur l'excellent Death valley '69.

EVOL (1986)
C'est avec cet enregistrement que Steve Shelley arrive sur le siège du batteur et on sent musicalement qu'on est passé à la vitesse supérieure : les mélodies sont plus présentes et mieux agencées.

Sister (1987)
Progressant à chaque disque, à la fois sur le plan de la composition et de l'interprétation, le groupe livre ici de pures pépites, au sein d'un disque ambitieux et bien rempli. Le titre Schizophrenia représente vraiment un jalon, où les recherches sonores dépassent la simple volonté bruitiste et finissent par enfin faire pleinement partie de la mélodie, créant un son inimitable. Thurston Moore prenant alors l'habitude de jouer avec des guitares préparées, chaque instrument devenant indissociable de tel ou tel titre.




Daydream nation (1988)
C'est avec ce double album que j'ai découvert Sonic youth, et je me souviens encore de ma première écoute comme d'une claque magistrale. Dès les premières notes de Teen age riot on est conquis par ce son très particulier, cette réverbération assez emblématique. Je devinais une démarche à la fois pleine de liberté dans son expression et en même temps habitée par une énergie foncièrement rock qui m'a instantanément parlé. C'était exactement ce que j'avais secrètement désiré entendre à cette époque. Richesse inépuisable, folie des morceaux. Tout est bon, mais mention spéciale pour Silver rocket, 'Cross the breeze (mon préféré tous disques confondus) et Trilogy.




Goo (1990)
Ce disque fut longtemps décrié parce qu'il représentait la première grosse signature de Sonic youth pour une major (Geffen), et qu'il peut sembler musicalement moins aventureux.  Le groupe recevait en fait là une consécration méritée, à une époque où le rock indé devenait soudain bankable et où Nirvana, Pearl jam ou Alice in chains régnaient sur MTV tout en reconnaissant leur tribut au groupe de Kim Gordon. Pourtant cette rigueur inédite, loin d'être un reniement, apporte une redoutable efficacité à des morceaux qui ne sont pop que dans leur construction (Dirty boots, Tunic, Disapearer). Et c'est un disque qui devint vite attachant.

Dirty (1992)
Nouvelle superproduction de très haute tenue, énorme son (Butch Vig aux manettes), tubes imparables (100 %, Shoot, Sugar Kane, Orange rolls angel's spit) avec d'excellents titres sur la fin, qui plus est un peu moins consensuels. Sans doute leur disque le plus accessible, tout étant relatif.

Experimental jet set, trash & no star (1994)
Après deux disques qui risquaient de les amener à davantage de concessions, SY décide de se laisser agréablement aller à moins de contrôle, et à affirmer son irréductibilité aux standards. Morceaux d'apparence modeste, moins épiques dans leur durée, trahissant une naissance dans l'improvisation, mais qui me touchent beaucoup (Screaming skull, Androgynous mind, Doctor's orders). Un disque qu'on pourrait qualifier à l'arrivée de rafraîchissant.




Washing machine (1995)
Becuz, Unwind, No queen blues, The Diamond sea... Un paquet de titres très différents les uns des autres, tantôt vraies chansons (voire berceuses), tantôt grosses prises de risques imprévisibles. Pas grand chose à en dire, du quasi-tout bon.

A thousand leaves (1998)
Très grand disque, riche, généreux, se permettant un tas d'expérimentations, explorant des tas de pistes avec bonheur. Le groupe est clairement là pour moi au sommet de ses moyens et propose sans doute son disque le plus équilibré, ne donnant toujours pas l'impression de reproduire une sempiternelle même formule. J'estime n'en avoir toujours pas fait le tour (c'est aussi la qualité de ce groupe que de pondre ainsi des albums qu'une seule dizaine d'écoutes ne suffit pas à épuiser).

NYC ghosts & flowers (2000) 
D'abord partenaire de concert, Jim O'Rourke rejoint le groupe qui entre alors dans une période où je me suis sans vraiment le vouloir un peu éloigné d'eux. NYC ghosts & flowers apparaît comme un album épuré, qui semble a priori en service minimum mais qui révèle de vraies beautés pour peu qu'on ait la patience de s'imposer plusieurs écoutes (Renegade princess).

Le groupe conserve dans les années suivantes un rythme de parution régulier. Je n'ai pas grand chose à défendre de Murray street (2002), ni de Sonic nurse (2004), même si ce dernier m'a davantage séduit. Les titres s'imposent moins, marquent moins. Et c'est au moment où je pensais être passé à autre chose, que la curiosité m'a poussé à écouter sur une borne d'écoute l'album Rather ripped (2006). Et le tout premier titre m'a instantanément enthousiasmé, le groupe donnant l'impression d'avoir retrouvé toute sa fougue, son envie et sa fraîcheur. 





Le groupe a encore produit un autre album en 2009, The Eternal, mais là encore, sans vraiment le vouloir, je n'ai pas vraiment éprouvé de curiosité, préférant finalement me rabattre sur des disques et des morceaux qui sont comme autant de rappels de ma propre "jeunesse sonique". Je citerai encore leurs expérimentations sur le label SYRecords qui me laissent quand même de marbre, tout comme leur bande originale pour le film Made in USA pas vraiment faite pour une écoute isolée. J'aime par contre beaucoup leur reprise de MadonnaInto the groove(y), enregistrée en 1988 sous le nom de Ciccone youth pour le Whitey album.

2 commentaires:

Iss'n'kor a dit…

Aah, elle est cool cette nouvelle rubrique !

Élias FARÈS a dit…

Merci pour ta curiosité, Iss' !

E.