11 avril 2016

Des films d'Howard Hawks sans John Wayne

Bringing up baby (L'Impossible Monsieur Bébé), 1938
Avec George Cukor, Howard Hawks est sans doute l'un des cinéastes à avoir le plus contribué à la screwball comedy, genre authentiquement hollywoodien souvent imité, rarement égalé. Et Katharine Hepburn, ici à l'affiche, en est la diva. Sous ces auspices, Bringing up baby est donc un chef-d'œuvre de drôlerie, porté par un duo d'acteur délicieux, eux-mêmes brillamment entourés de seconds rôles à l'interprétation jubilatoire : notamment Charles Ruggles en Major Applegate, et Walter Catlett en sheriff complètement dépassé par la loufoquerie des événements.

L'un des aspects les plus savoureux du film, c'est certainement la façon dont Hawks se permet d'accélérer progressivement le rythme de la narration, jusqu'à ce que celle-ci s'apparente à une véritable tornade qui emporte tous les protagonistes croisés jusqu'ici. Le spectateur assiste médusé au phénomène, passant du sourire bienveillant à la crise de rire ravageuse. Je ne m'amuserai pas à citer telle ou telle scène mais rien que le final dans la prison avec Hepburn qui se la joue gangster met à rude épreuve les zygomatiques.




The Thing from another world (La Chose d'un autre monde), coréalisé avec Christian Nyby, 1951
Véritablement un fleuron du genre mariant SF et fantastique, largement au-dessus du tout-venant de la production d'alors. Il est d'ailleurs très intéressant de relever les différences et similitudes avec la magistrale adaptation qu'en livrera John Carpenter trente ans plus tard (l'apparition du titre au générique est exactement la même, avec les lettres qui s'illuminent par derrière). Chez Hawks et Nyby son coréalisateur, nulle occupation des corps ni usurpation d'identité, mais un monstre qui attire la curiosité d'un scientifique un peu trop passionné, et de militaires qui se rendent assez vite à l'évidence qu'une seule attitude est la bonne : lui régler son compte. Le tout dans une ambiance rendue parfaitement crédible par la qualité de la mise en scène, le lent déroulement des situations et l'attachement à des personnages plutôt bien campés, qui changent un peu des benêts de séries Z. La camaraderie des militaires est en effet particulièrement bien retranscrite, avec notamment le personnage du reporter, cynique en diable, dont chaque réplique est vraiment bourrée de drôlerie. 

Le plus étonnant, c'est d'ailleurs bien cette dimension comique du film, incarnée en particulier dans la relation complètement barrée entre le capitaine et sa moitié, Margaret Sheridan. Leurs dialogues sont vraiment pétillants et assez corsés, sexuellement plus qu'allusifs (on les surprend quand même en pleine scène bondage !), et c'est d'autant plus jubilatoire que la plupart des films de ce genre préfèrent afficher un constant sérieux. Un des personnages cite à un moment explicitement Sergent York, tourné par Hawks, ce qui montre bien la décontraction de l'entreprise. Certaines longueurs ont un peu calmé mon enthousiasme au milieu d'un film quand même assez bavard, mais son audace surprend. On peut légitimement déceler là la patte de Hawks. Le film est plein de ces petits détails concrets et véristes qui participent pleinement à l'immersion du spectateur. Le film réserve de plus d'authentiques petits moments de frayeurs dans sa façon de suggérer la créature (qui s'avèrera visuellement un peu décevante quand même) : son réveil hors-champ, son apparition derrière la porte de la serre, puis au milieu des flammes. Watch the skies !




Land of the Pharaohs (La Terre des Pharaons), 1955
Chronique précédemment postée ici dans le cadre d'une rétrospective Péplum...















DOSSIER HOWARD HAWKS :

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