20 septembre 2017

Deux films de Derek Jarman

Caravaggio, 1986
Un authentique film d'art et essai, par ses partis-pris tant formels que narratifs. Jarman nous invite à partager sa vision d'un artiste d'exception, vision clairement fantasmagorique puisqu'elle nous est présentée comme le récit d'un homme au seuil de sa mort, se remémorant certains drames de sa vie, au premier rang desquels la belle et triste histoire d'un triangle amoureux. Avec un travail sur la lumière assez sublime, Jarman a entièrement tourné son film en studio, assumant pleinement ses artifices pour mieux recomposer de véritables tableaux vivants, sans pour autant tomber dans l'illustration désincarnée. Il joue à l'occasion avec les anachronismes, par de petits détails qui se révèlent toujours signifiants et rendent vraiment le visionnage intéressant, et même un peu amusant.



On en apprendra cependant assez peu sur la vie du génial artiste italien lui-même, alors que sa bio particulièrement romanesque avait de quoi nourrir un film (sur le sujet, je recommande La Course à l'abîme, biographie romancée signée Dominique Fernandez). On verra néanmoins Carravagio, enfant prodige et un peu voyou, entrer dans les bonnes grâces de quelques pères de l'Eglise qui offriront un cadre protecteur à l'expression de son art. Tout le film est traversé par la voix off du peintre, récitant un texte à la poésie magnifique. Dans le rôle-titre, Nigel Terry (le Roi Arthur de Boorman), est absolument époustouflant, visage beau et douloureux. On y croise également le tout jeunôt Sean Bean, ainsi que la fidèle Tilda Swinton, mais aussi Robbie Coltrane et Michael Gough. Une œuvre à part et assez marquante, puisque j'en garde aujourd'hui encore des images fortes.




Wittgenstein, 1993 
Tourné pour la télévision mais distribué en salles, ce court film (70') est l'un des derniers du réalisateur. Jarman met une nouvelle fois en scène un personnage historique parce qu'il se reconnait un peu en lui. Le cinéaste a vu en Wittgenstein un être qui a soif d'absolu, qui s'interroge constamment sur le sens de la logique, et qui de fait apparaît comme une sorte d'extraterrestre aux yeux de ses contemporains. Ce qui donne lieu à un enchaînement de scènes souvent très cocasses, assumant complétement la dimension à la fois comique et pathétique d'un personnage adulé et pourtant bien seul. Dans le rôle titre, Karl Johnson est tout simplement phénoménal.

Moins iconoclaste que son Caravaggio et ses anachronismes qui en appelaient à la complicité du spectateur, Wittgenstein fonctionne également sur un dispositif filmique particulier : aucun décor, les personnages jouent sur un fond noir, la scène se résumant uniquement aux accessoires et mobilier nécessaires à l'action. Ce procédé et le fait qu'on y parle du sens de la philosophie ne doit surtout pas faire craindre un spectacle pesant ou prétentieux, bien au contraire. C'est un film aussi plein d'esprit que de vie.

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